C’est l’heure du billet tant attendu qui permettra de boucler ce témoignage d’une infertile en quête de maternité qui a finalement eu la chance de tomber du bon côté des statistiques.

Simone sait que cet article pourra être difficile à lire pour certaines d’entre vous et elle ne vous en voudra pas de passer votre chemin. Lorsque ce type de récit apparaissait dans son propre fil de lecture, elle a souvent remis la lecture à plus tard, pour le moment où elle se sentirait suffisamment forte. Lecture qui lui procurait un gros pincement au cœur tout en lui offrant la plupart du temps une bouffée d’espoir et des « et si cela m’arrivait à moi aussi un jour ? » consolatoires.

Le terme est pour dans 10 jours. Edgar peut arriver d’un instant à l’autre, nous sommes prêts matériellement. Psychologiquement c’est une autre histoire, j’ai parfois des bouffées d’angoisse du style « mais dans quoi me suis-je embarquée ? », « serai-je à la hauteur pour m’occuper d’un enfant? », etc. Physiquement, je n’en peux plus de cet état de cétacé échoué sur canapé. Bref, je voudrais qu’Edgar arrive vite mais aussi retenir le temps, ces quelques semaines de fin de grossesse où j’ai enfin réussi à atteindre la sérénité et à ne plus penser au pire.

Nous décidons d’aller au cinéma, à la séance de tout début de soirée car je fatigue vite. Après le film, se pose la question : une soupe et au lit ou alors un petit restaurant qui risque bien d’être le dernier avant longtemps ? Nous choisissons la 2ème option, plus pour l’expérience que pour la gastronomie tant mes douleurs à l’estomac m’empêchent de profiter de la bonne chère. J’en profite pour manger gras car il paraît que cela peut accélérer le déclenchement du travail…

De retour à la maison, je file me coucher sans tarder. Deux heures plus tard, une intuition fulgurante me fait me lever du lit aussi vite que mon gros ventre me le permet : me voilà debout dans le noir à sentir un liquide chaud me couler entre les jambes. « Chéri, je perds les eaux » que je dis. 1/2 seconde plus tard la lumière s’allume, Simon habituellement si dur à réveiller est opérationnel comme en plein jour. Première surprise de ma zénitude, je lui dis calmement qu’il faudrait qu’il aille chercher une serpillère car on pourrait glisser et tomber (toujours penser prioritairement aux risques domestiques).

La valise de maternité est archi prête depuis belle lurette, je n’ai donc pas grand chose d’autre à faire  que de prendre une douche, je dis à Simon qu’on a le temps, que ce n’est pas la peine de se stresser (Simone = Madame Irma). Je reste longtemps sous la douche car je continue de perdre du liquide. Simon quant à lui se rase. Oui, vous avez bien lu, le gars se rase pour avoir les joues toutes douces au moment de l’accueil de son bébé. Après s’être douchés et habillés, nous prenons de la lecture et des petits gâteaux et filons vers la maternité. Privilège nocturne : nous sommes seuls sur la route et arrivons en temps record à la maternité. Durant le trajet, nous discutons tranquillement et lançons les paris : si je suis dilatée à 3, c’est certain, à midi, nous sommes parents ! Au pire en tout début d’après-midi. Nous nous mettons d’accord sur l’ordre des personnes à prévenir. Tout juste sortie de la voiture, je reperds du liquide. J’ai l’impression d’en être à 10 litres depuis le début.

La sage-femme de garde, toute souriante, nous accueille et nous fait passer dans une petite salle d’examen. Elle prend le temps de s’asseoir et de faire notre connaissance avant de commencer à m’examiner. Nous lui remettons notre projet de naissance qu’elle lit avant de nous confirmer qu’il ne pose aucune difficulté. Vient le moment de la pose du monitoring. Je ressens des contractions qui commencent à être bien douloureuses. Simon, fasciné par le monitoring, surveille les courbes et me « confirme » que ce n’est pas du chiqué, j’ai bien des contractions. Il m’inquiète aussi en me disant que je reste à une échelle basse et qu’il y a beaucoup de marges pour que la courbe augmente et donc mes douleurs itou… La sage-femme revient pour m’examiner. A mon grand désarroi, je ne suis dilatée qu’à un, soit peu ou prou la même situation que lors du rendez-vous du 9ème mois… Elle nous indique qu’il lui paraît prématuré de nous diriger vers une salle de naissance et nous propose plutôt d’aller nous installer dans notre chambre. Charge à nous de la rappeler lorsque le travail s’accélèrera.

Nous découvrons donc notre chambre, en tout point conforme à celle que nous avions vue lors de la visite de la maternité. Un grand lit pour la dame, une banquette pour le monsieur et… un petit berceau à côté. Simon s’approche du berceau en s’écriant : « ça alors, on va avoir un bébé, tu le crois ça ? ». Nous défaisons la valise et installons nos affaires dans les placards. Nos affaires à tous les trois… Puis nous tâchons de faire un petit somme, chose qui se révèle vite impossible avec des contractions qui se rapprochent et augmentent d’intensité. Je pratique les respirations apprises pendant que Simon me masse le bas du dos. Au bout d’un moment, Simon finit par appeler la sage-femme qui nous installe en salle de naissance. Entre deux contractions, j’observe cette pièce qui va nous accueillir pour les quelques heures à venir et qui sera le lieu de la venue au monde de notre petit Edgar (naïve Simone). J’alterne entre la position assise sur le ballon et la station debout contre une table durant les contractions. La sage-femme revient me poser le monitoring « pour faire le point ». C’est plus difficile à supporter car je dois rester allongée et j’ai l’impression de prendre les contractions pleine poire sans pouvoir lutter contre la douleur. Le nez sur la courbe, Simon me confirme que j’ai raison d’avoir mal… Je lui balance que j’ai intérêt à être dilatée à 3 ou 4 car sinon c’est l’arnaque. Verdict de la sage-femme : je suis à 1,5. Je suis plus que dépitée. On me retire le monito, je retrouve donc ma mobilité. J’ai de plus en plus de mal à accueillir les contractions, mon langage se relâche, y compris envers Simon (comment passer de « je sens qu’il y en a une qui arrive, peux-tu me masser le dos s’il te plaît » à « purée, ramène tes mains, je douille »).

Je demande à pouvoir bénéficier de la baignoire. La sage-femme la prépare en ajoutant des huiles essentielles qui devraient faciliter l’ouverture du col. Je me plonge dans l’eau bien chaude et revis littéralement : je ne sens plus rien. Bordel, merci la vie que je dis à ce moment. Le matin arrive, Simon se rend à la cafétéria de la maternité pour acheter la presse du (grand) jour, puisque c’est sûr, nous serons parents aujourd’hui !

Il y a une radio dans la salle de naissance. Je passe donc plus de deux heures dans la baignoire à écouter la matinale de France-Inter pendant que Simon se repose dans un fauteuil. Entre temps, la sage-femme vient me dire au-revoir puisque sa garde se termine. J’espère que la suivante sera aussi gentille qu’elle (spoil divulgâchage : la suivante et la suivante de la suivante le sera aussi). La nouvelle sage-femme vient se présenter et me dit qu’il faudrait refaire un contrôle par monitoring, ce qui implique que je sorte de l’eau. Dommage, je serais bien restée dans le bain jusqu’à la naissance… Qui dit contrôle monito, dit que l’on va pouvoir constater les progrès fulgurants de l’ouverture de mon col, ce qui me motive pour sortir de l’eau.

Nouveau monito, les courbes ont bien augmenté, ce qui augure bien de la suite. Examen de la sage-femme : mon col n’a pas bougé d’un doigt… Je commence à ne pas trouver la situation très amusante. La sage-femme me propose de me faire quelques points d’acupuncture pour accélérer l’affaire. J’opine du chef. Simon est très intéressé : après les courbes du monito, voilà qu’il peut assister à la pose d’aiguilles sur mon corps, décidément, cette journée est riche en expériences. Le temps que les aiguilles fassent effet, je dois rester allongée. Je me concentre très fort sur ma respiration pour souffrir le moins possible mais je dois à la vérité d’avouer que j’ai des saillies verbales à faire pâlir les académiciens dont les petits cœurs sont déjà bien fragilisés par les débats sur l’écriture inclusive.

Midi arrive, Simon va se chercher un sandwich à la cafétéria, quant à moi, je tourne au jus de pomme puisqu’au grand dam des sages-femmes, les médecins ne veulent pas que les futures accouchées mangent. En insistant un peu, j’ai quand même droit à une compote.

La sage-femme vient m’enlever les aiguilles, j’ai hâte de connaître son verdict sur leurs effets sur mon col. Foin du suspens : RAS, col à 1,5 – 2… Elle part informer le gynécologue de garde de la situation. Celui-ci préconise une perfusion d’hormones pour accélérer le travail. Bien que cela soit contraire à mon projet de naissance, j’en accepte le principe car cela fait de longues heures qu’Edgar n’est plus protégé par le liquide amniotique. Par contre, je demande à pouvoir bénéficier de la péridurale car depuis plus de 16 heures que j’ai des contractions, je commence à être très fatiguée. Je sais que la péridurale signifie abandon de ma mobilité et pose d’une sonde urinaire mais la fatigue douloureuse l’emporte sur ces considérations. L’anesthésiste arrive rapidement, c’est justement celui que j’avais vu en consultation, il est souriant et blagueur. Et moi, je l’aime d’amour cet homme qui va soulager mes douleurs. La péridurale fait très vite effet, si bien que ma tension chute et que je fais un mini-malaise. Puis je sombre dans un demi-sommeil de près de 3 heures.

Changement de garde, la sage-femme de jour me dit au-revoir et celle de nuit vient se présenter. Elle me dit espérer que la perfusion fasse son effet sur le col. Régulièrement, elle vient prendre ma tension. Simon part se reposer un peu dans la chambre.

Las, après quelques heures, le col ne s’ouvre toujours pas, on approche à peine d’une dilatation à 3… La sage-femme rappelle le gynécologue qui arrive rapidement. Il m’explique que cela fait plus de 24 heures que j’ai perdu les eaux et que l’inefficacité du travail est avérée, il faut en passer par une césarienne. La sage-femme a l’air plus désolée que moi de cette issue. Je lui réponds qu’elle et ses collègues ont fait ce qu’elles pouvaient (bain, acupuncture, perfusion) et qu’il faut bien que le bébé sorte d’une manière ou d’une autre.

Simon est reposé (et re rasé de frais). On nous explique comment les choses vont se dérouler : je vais d’abord être préparée en première puis amenée dans la salle d’opération. Puis Simon sera appelé pour s’habiller de pied en cap et me rejoindre.

L’ambiance est plutôt détendue dans la salle d’opération, chaque intervenant se présente. Je connais déjà la sage-femme, le gynécologue et l’anesthésiste. Ce dernier utilise le cathéter de la péridurale pour faire passer l’anesthésie. D’un seul coup, je me sens très mal : la tête qui tourne, une forte nausée. Je respire, je relativise, je visualise en accéléré ces dernières années de  PMA, je me dis que rien ne sera pire en douleur et mal-être que ma GEU, je pense à certaines copines de galères qui aimeraient tant être à ma place. Le malaise physique ne passe pas alors que l’équipe continue de s’affairer autour de moi. Simon se place à mes côtés. Sursaut d’orgueil, je me dis que je ne peux pas accueillir notre petit Edgar dans cet état là, pire, avec du vomi dans la bouche. Alors, je dis « en fait, je ne me sens pas super bien, j’ai la nausée ». « Ok, me répond l’anesthésiste, j’agis ». Quelques secondes après, je vais mieux. Miracle.

Les choses s’accélèrent, je sens que l’on s’affaire sur mon ventre. Puis j’entends un cri de bébé. On me le montre en me confirmant que c’est un petit garçon mais je ne le vois pas bien car les larmes me brouillent la vue. Je dis à Simon :  » surtout reste tout le temps avec lui ». En réalité, les deux hommes de ma vie, ne s’éloigneront au fond de la pièce que quelques minutes, le temps qu’Edgar soit pesé. Puis Simon revient à côté de moi avec lui dans les bras. Incroyable, il a le même profil que sur la dernière échographie, c’est bien lui, mon fils, impossible de se tromper… Objectivement, il est très beau.

J’ai l’impression d’avoir été vite recousue (en réalité agrafée…) puis Edgar est posé en peau à peau sur moi. Nous partons tous les 3 pour 2 heures de surveillance en salle de naissance. Ensuite, retour dans la chambre : Edgar restera posé sur moi encore de longues heures. Simon s’éloignera quelques minutes, le temps d’acheter la presse du jour, du grand jour…

Nous voilà partis tous les 3 pour un séjour d’une semaine à la maternité, quelques jours hors du temps, miraculeux, où nous n’avons rien d’autre à penser que de faire connaissance et de prendre nos marques à trois. Les personnels ont été formidables, nous avons été écoutés, respectés et guidés dans nos premiers pas de parents. Je conserverai à jamais un merveilleux souvenir de cet accouchement et du séjour à la maternité.

Cette issue heureuse n’efface pas les difficultés passées qui sont constitutives de notre histoire. Elle est surtout le début d’une autre histoire.

 

 

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61 commentaires sur « La naissance d’Edgar : le (long) récit »

  1. Quelle chance vous avez eu de pouvoir rester tous les trois. Ici je suis restée plus de 2 heures en salle de réveil, seule, à attendre que mes pieds veulent bien daigner bouger… Heureusement que je savais que ma fille était avec son papa et qu’elle allait bien… Car les quelques minutes où on me l’a présenté sur l’épaule m’ont semblées bien courtes.

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  2. J’ai mis 15 jours avant de trouver la force de lire cet article … Mais quand je m’y suis mise, j’étais à fond, poussant même un petit « oh » déçu pour la césarienne ! J’espère que tu t’en remets bien et que tout le monde va bien. Je suis très heureuse pour vous trois. Ça fait du bien finalement de lire un happy end après tant d’années de galère. Bisou à toute la famille. 🙂

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  3. Quelle aventure ! Pas évident ces longues heures de contractions pour… Rien… Mais tu as été super bien entourée et tu as l air d avoir bien vécu la césarienne, c est super ! En effet l’ accompagnement avait l’ air top !
    J ai bien rigolé avec le rasage… Ici le papa s est lavé les cheveux pour avoir l air beau sur les photos 🙂
    J espère que tu nous donneras des nouvelles de ces premières semaines à la maison à 3!
    Gros bisous et félicitations !

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