« Si vous aviez subi le dixième des désagréments et douleurs physiques que votre chérie se cogne depuis près d’un an (un mix d’Alien et de Very Bad Trip – pour l’agonie, pas la fiesta), vous seriez recroquevillé dans le coin d’une pièce capitonnée et hurleriez chaque fois que quelqu’un voudrait vous approcher ».

Cette adresse aux jeunes pères lue dans un livre de puériculture* pourrait tout à fait trouver sa place dans un guide destinés aux infertiles en parcours PMA.

Parenthèse : je maintiens que je supporte beaucoup mieux les maux de grossesse que les effets secondaires des traitements de PMA. Peut-être parce que je sais qu’ils ne seront que passagers et qu’une bonne nouvelle est au bout alors qu’en PMA, j’avais l’impression d’un cycle sans fin qui jamais ne s’arrêterait. Fin de la parenthèse.

Alors que la ligne d’arrivée pointe à l’horizon (36 SA !!!) et que les cours de préparation à l’accouchement se sont terminés cette semaine, j’arrive à prendre un peu de recul sur la manière dont j’ai vécu ces dernières années en PMA. Je voudrais aujourd’hui évoquer le sujet du couple et plus précisément de l’implication de l’homme dans le parcours PMA en dressant un parallèle avec ce que j’ai vécu durant la grossesse.

Dans la maternité dans laquelle nous sommes suivis, les cours de préparation à l’accouchement sont également des cours de préparation à la parentalité et la présence du père est requise pour toute ou partie des séances. Y compris pour les sujets qui sont a priori 100 % féminin, la sage-femme s’adressait tout autant aux hommes (ou comment faire progresser son couple sur la connaissance de l’anatomie féminine). J’ai aussi beaucoup apprécié lorsqu’elle s’est adressée à eux avec cette question toute bête : « votre bébé n’arrête pas de pleurer, qu’est-ce que vous faites ? ». Eh oui, je ne suis pas sensée en savoir plus que Simon sur le sujet et je ne vois pas pourquoi ce serait uniquement aux femmes de se creuser les méninges pour imaginer des solutions.

Je pense important que les hommes aient accès à l’information brute et non pas que les femmes se fassent les traductrices de ce qu’elles ont appris avec les « sachants ». Sinon, ce sont toujours les femmes qui seront sensées savoir et supporter toute la charge mentale et les hommes seront éternellement en position d’aide sans implication centrale.

En complément des cours de préparation à la maternité, nous avons suivi quelques séances d’aquagym prénatale réservées aux couples. Là encore, les hommes n’étaient pas en soutien de leurs compagnes mais devaient participer tout autant aux exercices de respiration, aux recherches de position pouvant soulager la douleur et ont dû faire les mêmes mouvements que les femmes alors qu’a priori ce ne sont pas eux qui vont devoir sortir un bébé de leur corps dans quelques semaines. L’intervenante voulaient qu’ils ressentent autant que possible le bouleversement physique vécu par les femmes. J’ai adoré cette expérience qui a suscité bien des fous-rires, renforcé notre complicité et nous a donné beaucoup d’informations.

Franchement, j’ai l’impression qu’avec tout ça, Simon ne restera pas les bras ballants le jour J (ou pire : n’actionnera pas comme un débile le brumisateur tellement il ne saura pas quoi faire de sa peau).

J’aurais aimé avoir eu de telles occasions durant les années en PMA de partager les ressentis physiques et psychologiques en couple. Que l’infertilité soit d’origine masculine, féminine, un peu des deux ou encore inexpliquée, on le sait bien, c’est madame qui morfle pendant les traitements. Déjà que les femmes sont à peine prévenues des effets secondaires très forts et souvent douloureux, les hommes sont encore moins préparés à la chose.

Par ailleurs, bien souvent dans les salles d’attente, on ne croise que des femmes, ce sont donc elles qui échangent avec les soignants, posent des questions et recueillent les informations. De fait, les hommes sont moins impliqués. On aboutit au paradoxe que ce type de procréation est avant tout une affaire de femmes.

On pourrait imaginer des séances d’accompagnement aux traitements de PMA dédiés aux couples qui seraient animées par des sages-femmes et qui mêleraient apports théoriques, exercices physiques légers pour se relaxer et trouver des positions antalgiques et circulation de la parole pour que chacun puisse un peu décharger ses angoisses. Cela permettrait aux hommes de se sentir pleinement partie prenante car j’imagine que c’est pénible de passer pour un fantôme la plupart du temps et de ne donner sa personne que 5 minutes le temps d’un recueil (si Monsieur est rapide, sinon, il peut prendre son temps. D’ailleurs, ça me rappelle une anecdote que j’avais raconté … -et hop, ni vu ni connu, je renvoie discrétos vers un ancien article de mon blog injustement ignoré à mon goût 😉 ).

Dans l’hôpital dans lequel nous avons fait nos IAC, Simon était toujours superbement ignoré par les équipes, et ce à un tel point que je me serais pointée avec le voisin que cela n’aurait rien changé. Dans ces conditions, il me paraît difficile pour les hommes de se sentir pleinement partie prenante.

Avec des hommes mieux informés et impliqués, je pense pouvoir dire que les femmes supporteraient peut-être mieux les difficultés du parcours. Les tâches, y compris très logistiques comme prendre les rendez-vous (entre J2 et J4 puis à J10, etc.), se rendre aux réunions d’information d’avant FIV ou appeler le secrétariat pour connaître la conduite à tenir lors des stimulations pourraient être également être réparties entre monsieur et madame. Ainsi, ils se rendraient mieux compte de ce que le parcours implique (et comment il peut bouffer le quotidien) et il serait certainement plus facile d’échanger au sein du couple.

Je l’ai parfois perdu de vue, mais l’objectif de cette plaisanterie étant d’avoir un bébé, l’égale implication dans le projet de procréation est un préalable à l’égale implication dans la parentalité.

Pour terminer sur un ton un brin provocateur à destination de ces messieurs (qui aime bien châtie bien), je reproduis ici une petite blagounette entendue je ne sais plus où :

« On raconte que les contractions sont si intenses qu’une femme peut presque comprendre ce que ressent un homme qui a un rhume ».

ça marche aussi avec les lendemains de ponction ovocytaire ou encore les hystéromachintrucs, hein…

*****

*Le cahier jeune maman des paresseuses, Frédéric Corre-Montagu et Soledad Bravi, Marabout

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25 commentaires sur « Les hommes en PMA : pourquoi et comment les impliquer »

  1. Tu as tout à fait raison le père a autant à apprendre que nous. A la maternité c’est Moncheri qui a appris à faire le bain puis c’est lui qui m’a montré. Comme ça c’était lui de sachant et pas moi qui lui disait fait comme ci pas comme ça. En revanche pour la PMA il y a encore une bonne marge de progression !!! Comment tu te sens sur cette dernière ligne droite ? Impatiente ? Une pointe d’appréhension ?

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  2. Je pense que ça dépend bcp du couple de l’implication naturelle qu’a l’homme dans les tâches du quotidien etc… si ton homme à la base ne fait jamais la vaisselle t’es mal barrée pour qu’il appelle un secrétariat
    Moi j’ai de la chance, non seulement il fait la vaisselle mais on le croise en salle d’attente, et il est là tous les soirs pour être de l’autre côté de la seringue (celui qui pique pas comme dirait M. Papapa )
    Pour le paragraphe sur l’accompagnement des couples en PMA je ne saurais être plus d’accord avec toi ! J’ai pris ma fiv en pleine poire de manière très violente et je me disais « mais comment peut ton laisser les gens vivre ça tous seuls dans leur coin sans les accompagner? »

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  3. C’est bien qu’ils impliquent maintenant le père dans la préparation à l’accouchement et effectivement il y a des efforts à faire niveau PMA.
    Nous pour la grossesse c’était haptonomie, alors homme indispensable, quant à la PMA, mon chéri a pu être impliqué via des petites choses (mais aussi et surtout par sa volonté) : dans ma PMA c’est l’homme qui récupère les ovocytes de sa femme le jour de la ponction et qui les achemine jusqu’au labo, et puis sa présence était obligatoire pour aller chercher les paillettes de sperme au cecos, pas la mienne, ce qui fait que cette partie là était entièrement à lui, c’est lui qui prenait rdv pour aller chercher la paillettes, qui réservait son container d’azote, prenait sa demi-journée, et se payait le trajet aller-retour. En fait côté labo c’était lui la star, côté gynéco en revanche on s’adressait surtout à moi…
    Maintenant avec l’adoption l’implication du père dans la préparation est totale, je me fais souvent la réflexion, quand on fait des soirées ou des journées avec nos associations que l’adoption, fait des pères formidables.

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    1. c’est finalement dommage que cela soit « seulement » dans les projets d’adoption que les pères doivent s’impliquer autant. Les futurs parents sont amenés à se poser des questions profondes alors que ce cheminement devrait concerner tout le monde (même si je suis bien d’accord qu’il y a des sujets spécifiques aux adoptants).

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      1. Oui cette préparation est tellement enrichissante qu’il est dommage qu’elle nous soit uniquement réservée. Je pense qu’on pourrait éviter bien des situations dramatiques si on amenait les gens à se poser les bonnes questions…

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  4. C’est très intéressant comme idée. Mon mari s’est beaucoup impliqué pendant les consultations infertilité mais lorsque le protocole de PMA a été mis en place j’avoue que c’est surtout moi qui ai organisé et il était moins impliqué… ceci dit moi ca me convenait aussi et peut être que je lui laissais moins de place. Les cours de prépa à l’accouchement il ne comprenait pas trop l’intérêt et j’ai dû insister pour qu’il vienne et qu’il voit en effet que sa présence avait un sens… préparation à la parentalité c’est vraiment un terme plus adapté.

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  5. décidément ta maternité à l’air top ! et je suis tout a fait d’accord, la conception c’est une affaire de couple, quelque soit le niveau de difficulté … ( ces messieurs auraient tendance à s’arrêter au niveau un ??) la sage femme qui me suivait avait énormément impliqué le papa aussi. mais j’avoue que je suis tombé sur un spécimen qui s’est senti impliqué des le départ, ce qui a beaucoup aidé ( sauf quand il enfilait la robe de la pucinette à l’envers… il n’a pas assez regardé cristina !!!)

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  6. Dans notre parcours PMA, Monsieur est au centre de toutes les attentions car le problème vient de son côté. Au CECOS, c’est pareil. C’est lui qui doit penser à sa parentalité, à la place qu’il souhaite occuper auprès de ses enfants.
    Il est vrai qu’ils ont du mal à trouver leur place dans ce parcours avec tout les examens que l’on doit subir et qu’il ne maîtrise pas.
    J’aurais adoré avoir des séances d’accompagnement en couple…

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  7. Il est difficile en plus pour le conjoint de trouver par lui même sa place dans les traitements que subi la femme, c’est donc d’autant plus important qu’il soit impliqué à part entière par les équipes médicales.
    Dans mon parcours, il n’y a que ma sophro qui a pris le temps de réfléchir avec lui et de lui proposer des séances seul pour que lui aussi puisse parler, évoquer ses doutes et se sentir impliqué.
    C’est d’autant plus important que souvent les femmes se sentent seules et incomprises en plus de se trimballer des douleurs physique. Tu l’as dis et c’est un mantra à se rappeler tous les jours : le but est d’avoir un bébé. Et les bébés, on les fait à 2 non ?!

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  8. Oui, on n’a jamais eu d’obligations d’implication du compagnon, mais c’est lui qui a choisi de le faire. Il n’a jamais pu me piquer, il a une phobie des seringues, mais il me faisait des bisous dans le cou au moment T.
    Et puis peut-être que le fait d’aller en Espagne nous a fait faire le chemin à deux. En plus la façon dont on est pris en charge là bas est différente de la France. On nous prend vraiment en tant que couple. Même si j’ai dû y aller seule, parfois, planning obligé, 99% du temps il était là.
    Je pense vraiment que tu as trouvé la perle des maternités, tu as beaucoup de chance !

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  9. Ici l’homme s’est impliqué dans le processus PMA : il me faisait par exemple les piqures à chaque fois et parfois appelait pour prendre des rdv et essayait de venir régulièrement aux échos de contrôle. Quand j ai fait une fausse-couche et que je n’avais plus le courage d’appeler ma gynéco car il y a eu des complications qui n’en finissaient plus, c’est lui qui a appelé, la gynéco était hyper perturbée de s’adresser à lui…Pour nous, c’était normal. Par contre pour l’accouchement honnêtement malgré nos préparations, on a tellement était surpris par la douleur, la longueur et le personnel médical qu’il était complètement désarmé. J’espère que c’est fois on sera plus proactifs !

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  10. Pour moi ça a été un peu l’inverse… mon conjoint étant diabétique, j’ai compris seulement pendant le traitement PMA ce qu’il doit ressentir en faisant ses quatre piqûres par jour depuis plus que 20 ans…

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  11. Ton lien Twitter vers le récit de l’accouchement vécu par un homme… complètement génial, j’etais pliée de rire. Je voue une haine viscérale aux pharmaciens depuis mon parcours Pma. Le nombre de fois où, devant tout le monde, la bécasse de pharmacienne disait bien fort, parce que bien ennuyée, « vous avez le 100% stérilité ? Parce que là il me le faut hein, c’est un code spécial. Et à sa collègue : TU LE VOIS COMMENT LE 100% STÉRILITÉ DANS LE DOSSIER DE LA DAME? » et tout ça dans une ville de 15000 habitants où je suis très exposée et connais tout le monde (à Paris, je m’en ficherais un peu). Ça me fait penser qu’une fois, je me suis fichu la honte toute seule. J’etais au bureau en train de regarder sur mon écran les ordonnances envoyées par mail par mon médecin. Là, un collègue entre dans mon bureau pour me montrer un truc qu’il vient de m’envoyer par email (personne n’est au courant de ma situation). J’essaye de réduire ma fenêtre, mais mon ordi s’est figé sur l’ordonnance Décongélation d’embryons. Alors pendant 3 bonnes minutes, comme deux gros cons, on est là à tenter, super gênés, de réduire cette putain de fenêtre en faisant comme si on ne voyait pas le gros truc écrit sous nos yeux. Heureusement, les épisodes de la pharmacie m’ayant vaccinée contre la honte, j’ai réussi à en rigoler (après). Et cette ordonnance TEC m’a donné mon magnifique bébé. Sinon, des cours de groupe d’accompagnement à la pma, c’est une excellente idée !!! Simone, s’il y avait un ministère de la pma, tu en serais la meilleure représentante car tu as de supers idées et une vraie réflexion nuancée sur ce parcours.

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    1. comme toi, j’ai beaucoup rit à la première lecture du récit twitter puis après je me suis dis que c’était vraiment lamentable, que ce monsieur avait dû bien peu s’impliquer dans la grossesse de sa femme pour être autant ignorant. Finalement, je trouve dingue qu’il se « vante » ainsi de son impréparation…

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  12. Et que dire de ma sage-femme qui vient à la maison après le retour de la maternité, et qui ignore superbement mon Mr M dans ses tentatives de s’impliquer… « Maman regardez on fait comme ci pas comme ça, Papa poussez vous du chemin que Maman voit bien. » Le sexisme venant des femmes est encore plus intolérable.
    Bonne fin de grossesse à vous en tout cas, ravie de lire que tout se déroule bien 😊

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