« Alors, je suis la dernière » a soupiré E.

La dernière de la bande : celle qui n’a pas de mec, pas d’enfant, la célibataire bien endurcie malgré elle, qui cache son désespoir dans une frénésie de projets professionnels et de voyages. Celle qui rechigne aux week-ends en bande soumis aux rythmes des enfants et à l’occasion desquels elle supporte de moins en moins d’être solo.

Que lui répondre ?

Ne pas nier la situation : oui, elle a le malheur d’être tombée sur des abrutis qui ne la méritent pas, oui, cela fait 15 ans qu’elle ne peut pas se projeter dans des projets à réaliser à deux, oui, ce n’est pas juste…

La valoriser : malgré les obstacles, elle a accompli des choses formidables,  elle a toujours continué d’avancer et a eu la force de ne pas s’interdire de vivre.

Passer du temps avec elle et ne pas évoquer ma grossesse et encore moins ma vie d’après, sauf si elle le décide.

J’arrive donc au moment où la vie m’a offert de basculer de « l’autre côté », celui des parents pour qui les week-ends entre filles ou des « grasses matinées – brunchs » nécessitent anticipation et organisation aux petits oignons.

Je sens bien que je ne pourrai pas avoir la même présence auprès de E., pire, elle ne me voit plus comme une alter-ego mais plutôt comme quelqu’un qui s’éloigne d’elle par la force des choses.

Mais je ne me sentirai non plus jamais à ma place avec les « parents », ceux pour qui les régurgitations du petit dernier constituent LE sujet important du moment (oui, je sais je caricature, mais au fond de moi, je resterai toujours un peu une langue de vipère infertile).

Un pied dans chacun des mondes ou flottant entre deux eaux, mon futur positionnement reste à déterminer.

Je me fais la promesse de rester Simone femme libre et non pas me définir comme « femme de » ou « mère de »…

Et promis, mon prochain mojito non virgin sera pour E.

 

18 commentaires sur « La dernière »

  1. C’est pas facile de basculer de cet autre côté quant la vie nous force à entrer dans des cases qui ne nous correspondent pas.
    Bien souvent je me réjouis de la nouvelle vie qui m’a été apportée avec mes filles (oui les copines mamans en font partie car j’apprécie ces contacts) et puis parfois je pense aussi à ce que ce serait sans les Oursonnes et je sais qu’il y a aussi des côtés chouettes. Au boulot par exemple j’ai un peu le sentiment d’être une vieille croûte maintenant : mariée, 2 enfants, la nana plan plan quoi…
    A bas les cases !
    Nous avons heureusement pour nous l’intelligence de savoir ce que cela fait. On a mis tant de temps à accéder à cette case tant espérée….

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  2. Oui ! Langue de vipère infertiles je suis restée, je continue à essayer de sensibiliser sur le sujet. D’alerter, d’informer. Je suis infertile, infertile je resterai.
    Ce qui me gratouille le plus, maintenant, c’est que lorsque les gens nous écrivent, oui, le truc en papier dans une enveloppe avec un timbre que le type en bleu dans une voiture jaune dépose dans la grande boîte en fer. Ben, l’adresse, commence par « Famille ». Ça me fait mal à chaque fois. Ça veut dire qu’aux yeux de ces gens là, qui sont nos amis, notre famille, nous n’étions pas une famille, avant… Mais alors, nous étions quoi ?
    Vipère infertile, j’ai dit 😄

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  3. C’est vrai que la maternité te fait changer mais dans notre tête nous resterons tjs des PMettes et sauront tjs à quel point ce petit bout représente le combat d’une vie. Tu continueras à lire les blogs des PMettes, à les soutenir, à éprouver de l’empathie, tu sauras tjs te mettre à leur place. Mais il faut bien l’avouer, les progrès de ton petit bout de choux seront de vraies victoires que tu auras envie de partager. Et ce sera normal. 🙂
    Gros bisous

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  4. Ce que tu décris est très proche de mon ressenti – depuis que j’ai la chance d’être mère, je ne me reconnais plus nulle part où presque: je sens toujours un certain décalage par rapport aux autres mères (après chacun à ses histoires et son vécu ,qui ne sont pas toujours simples parfois pour d’autres raisons, mais à part si je discute avec une PMette (et encore, vu la différence qu’il peut y avoir d’un parcours à l’autre, on n’est pas toujours en phase non plus), je ressens toujours ce décalage, c’est juste un fait), et je ressens une sorte de culpabilité fasse à celles qui sont ressorties du parcours les bras vides.
    Mais bon, on est ce qu’on est; avec nos histoires, langues de pute ou pas.
    Et rien que le fait que tu aies envie d’être là et à l’écoute pour E est une belle preuve d’amitié et d’empathie.

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  5. En même temps, qu’est-ce que ça aurait été bien que les problèmes de régurgitations de notre dernier soit notre problème majeur. Comme ça aurait été bien de vivre dans la même insouciance (relative) que tant de parents… Les épreuves nous façonnent et déforment notre vision du monde (même si mon problème n’a rien à voir avec l’infertilité)

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  6. Cest toujours le problème des étiquettes…soit ça dépasse mochement dans le cou, soit ça gratouille horriblement dans le dos…..perso j’adore écouter les histoires des mamans et bisouiller leur progéniture, mais j’aime moins qu’on n’écoute pas mes états d’âme de femme « sans enfants » ( ce qui est encore le plus souvent le cas, on n’aime que les happy end) …je rêve d’un monde où chacun-chacune pourra blablater sans pb de ce qu’il vit, nuits blanches, fatigues mêlées de joie et d’émerveillement ; tout comme tristesse et souffrance d’être seule ou sans enfants …c’est déjà le cas sur le blog de Simone (et d’autres) et ça fait déjà du bien !

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  7. Elle a de la chance de t avoir comme amie E….Mon parcours n’ a rien à voir avec le tien mais comme toi je me défends d être uniquement définie en tant que mère de…..ou femme de….mais notre société où la parentalité est le dernier idéal à atteindre c’est pas toujours évident!

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  8. Alors là. Ne vends pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Maman Simone sera elle-même, et c’est ce qui compte.
    J’ai vu des femmes tout à fait normales d’apparence, voire même extrêmement intelligentes, devenir complètement gâteuses de leur progéniture en mode on photographie tout, y compris ce que personne ne veut voir, et on s’émerveille des rots/pets/et autres exploits en série. Du coup, une de mes meilleures amies célibataires (qui m’a vue passer donc du côté obscur avec grand plaisir, et qui continue à me faire partager sa vie de célibataire, et qui est géniale) m’a récemment t dit : merci Mari, merci de ne jamais m’avoir fait partagé certains moments que je n’avais aucune envie de partager.
    Si ton amie tient à toi pour ce que tu es, et non pour ton statut de femme sans enfant, vous partagerez encore d’excellents moments. Mais oui, c’est dur pour elle.

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