Simone est retournée à la maternité avec son cartable de PMA grossesse pour assister à son premier cours de préparation à l’accouchement. Comme un air de rentrée des classes.

Plutôt qu’une préparation seule à domicile avec une sage-femme libérale, j’ai opté pour le collectif à la maternité. Parce que cela me permettra d’aller à la maternité régulièrement me familiariser avec ce lieu magique et aussi parce que je sens bien que j’ai besoin de sortir de l’isolement dans lequel m’a plongé l’infertilité en normalisant ma situation au contact de gens « normaux » qui ne googelisent pas des trucs aussi dingues que moi au fur et à mesure des SA qui passent.

C’était la 2ème fois avec la réunion de présentation que je mettais les pieds à la maternité et ce n’était plus pour me cacher passivement au fond d’une salle mais pour assister en petit groupe à la première session des 7 prévues de cours de préparation à l’accouchement. Nous voilà donc, Coin-Coin, Edgar et moi en route dans les couloirs pour trouver la bonne salle. A peine ai-je foulé l’entrée de ce temple que l’émotion m’a saisie : est-ce bien vrai ce qui m’arrive ? Ne vais-je pas me réveiller et constater que la réalité va se charger de détruire le rêve dans lequel je baigne depuis bientôt 30 semaines (d’aménorrhée) ?

J’ai croisé un homme, l’air béat, qui avait un sac à la main et des fleurs dans l’autre et qui se dirigeait vers les chambres. Là, ma gorge s’est serrée parce que je me suis dit que cet homme cela pourrait tout à fait être mon Simon d’ici quelques semaines. Juste j’aimerais des chocolats avec les fleurs. Ou des pâtes de fruits. Ou encore mieux : des marrons glacés.

C’est bien moi la fille qui est désormais partout précédée de son gros bide. D’ailleurs, faut que je vous raconte une anecdote. Un matin alors que j’attendais l’ascenseur pour monter à mon bureau (je ne prends plus les escaliers que pour descendre, rapport à mon gros bide susmentionné), un collègue s’est pointé, m’a regardé et m’a dit : « Allez courage, il ne vous reste plus qu’une semaine avant de partir en congé mat’ ». Ce à quoi j’ai répondu : « heu, non en fait, il me reste un mois et demi ». J’ai rigolé autant que lui.

Bref, revenons à nos moutons dindes de la maternité. J’étais dans un état d’esprit d’humilité, de la fille qui a tout à apprendre en matière de grossesse, d’accouchement et de parentalité. C’est-à-dire que cela ne fait pas très longtemps que je m’intéresse au sujet, mon domaine de compétence à la base, c’est plutôt les questions de traitements hormonaux et de procréation sans contact corporel.

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rien que la vue de ce panneau m’a mis les larmes aux yeux

Nous étions 5 femmes dont 2 accompagnées de leurs hommes. Simon étant en déplacement, j’étais seule mais il pourra venir lors de prochaines sessions. La sage-femme nous a accueillies (désolée, je féminise-plurielle car j’estime que le sujet le légitime) avec un grand sourire et nous a mises tout de suite à l’aise. Déchaussées, nous nous sommes assises confortablement sur des gros tapis avec plein de coussins pour se caler.

Elle a commencé un tour de tapis et j’étais la dernière à devoir parler pour me présenter. Au début, je me suis dit que j’allais me la jouer sobre du style : « bonjour, moi c’est Simone, j’ai 36 ans, c’est ma première grossesse et tout va bien, je nage dans le bonheur ». Mais au fur et à mesure que les autres se sont présentées, je me suis rendue compte que même si aucune n’a dit avoir eu recours à la PMA, certains débuts de grossesse n’avaient pas forcément été simples. Alors, j’ai finalement expliqué que c’était ma 2ème grossesse mais mon premier bébé à naître puisque j’avais subi une grossesse extra-utérine et que ce bébé était très attendu et que nous avions eu un parcours PMA un peu long (sic). J’étais super émue de devoir raconter cela devant des inconnus et pour ne pas pleurer, j’ai essayé de convoquer une image super incongrue dans mon esprit afin de garder les yeux secs. Mon choix d’image a été super efficace, je n’ai même pas eu la voix qui tremble. Si vous lisez cet article jusqu’au bout, je vous dirai quelle image c’était. (J’introduis ici un teasing d’enfer mais c’est pour vous obliger à me lire jusqu’à la fin. Et pis peut-être que ça vous aidera à votre tour à dire des choses difficiles en public sans pleurer. Ne me remerciez pas, ya pas de quoi, plaisir d’offrir).

Et là, je fais une parenthèse. Oui, je suis très heureuse de ce qui m’arrive, bien évidemment, cela ne se discute pas. Toutefois, depuis quelques semaines que je me relâche et que je m’autorise à croire à une fin heureuse (qui sera le début d’une nouvelle vie, certainement), j’ai tendance à revoir défiler ces 9 années d’attente avec un autre regard. Je réalise que j’ai vécu des trucs super durs que j’ai réussi à occulter sur le moment parce qu’il fallait bien continuer à avancer. C’est parfois un simple objet qui me renvoie à des épisodes précis. Par exemple, l’autre jour j’étais dans le bus et comme il y avait du soleil, j’ai chaussé mes lunettes de soleil, ce qui m’a fait pleurer (mais personne l’a vu puisque j’avais mes lunettes de soleil, pratique pour rester discrète). Tout simplement parce que cela m’a rappelé ce jour où j’ai pleuré comme une madeleine dans un bus de retour de l’hôpital où l’on m’avait diagnostiqué un énième polype utérin qui devait être enlevé sous anesthésie générale et que cela repousserait de plusieurs mois la tentative suivante. C’était en automne mais j’avais toujours mes lunettes de soleil dans mon sac pour pleurer discrètement.

J’ai vraiment bien accroché avec la sage-femme qui est très à l’écoute et qui a tenu un discours qui me convient bien : nous sommes acteurs de notre accouchement et devons nous exprimer ce que nous souhaitons ou pas ; elle a vraiment insisté sur l’importance que les patients donnent de la voix et ne soient pas passifs. Cette première séance fut un peu théorique et c’était nécessaire : avec une maquette d’anatomie elle nous a expliqué pourquoi nous avions mal au ventre, mal au dos, pourquoi le sommeil était difficile, etc. Nous avons terminé par un peu de relaxation et elle nous a donné des trucs pour trouver des positions qui soulagent.

Lors d’une prochaine séance, nous visiterons la maternité en suivant un parcours qui sera le nôtre le jour J en partant de l’accueil, en passant par la salle de naissance et en terminant par les chambres. Prévoyante, j’aurai mes lunettes de soleil à portée de main.

*****

Bon, l’image incongrue, c’était Jean-Luc sur le trône.

 

 

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21 commentaires sur « Simone fait sa rentrée : début des cours de préparation à l’accouchement »

  1. Tu m’as tout l’air de vivre une chouette « rentrée » toi!
    Par contre je ne sais pas comment tu fais pour convoquer ce type d’images tout en parlant d’un sujet difficile – les deux en même temps dans ma tête, ça me parait juste incompatible… faudra que j’essaie de m’exercer peut-être!

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  2. Ah c’est chouette !!! Ça se concretise !

    Comme Kaymet je ne sais pas comment tu fais pour invoquer ce genre d’image il faudrait que j’essaie car je suis une vraie madeleine.

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  3. Je te lis souvent mais je crois que c’est la premiere fois que je te laisse un petit mot… Juste pour me dire combien je me rejouis pour toi, a te voir y croire, pleine de tant d’emotions… Plein de bonheur a vous et votre bebe qui arrive 🙂

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  4. Hooooo mais je te comprends tout à fait. Il m’arrive souvent de me replonger dans les années d’attente et les souvenirs liés à l’infertilité, le moment de l’annonce notamment, et d’en être émue jusqu’aux larmes. Par moment on se dit avec monsieur Tidoum : » Mais c’est fou, tout ce par quoi on est passé »!!
    Je t’embrasse très fort et te souhaite de profiter de ces moments d’attente (heureuse cette fois).
    Sacré JL 😉!!!
    Bons préparatifs ma Simone

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  5. Très contente de te voir intégrer la normalitude ! Et elle a l’air chouette la sage-femme, heureusement qu’il y en a des comme ça ! (bon après, le problème reste qu’on ne sait jamais sur qui on tombe le jour J…)
    Tu es bien entourée entre Coin-Coin, Edgar et les images mentales de Jean-Luc, je te sens au top de la forme ! 😀

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  6. chère Simone, moi je suis heureuse que tu aies parlé de tes difficultés ( bien faible mot je le l’entends) a tomber enceinte, devant des gens. c’est tellement lourd ce fardeau, il faut enlever quelques grosses pierres et les poser par terre, tu verras que tu te sentiras plus légère, au fur et a mesure. Surtout si la sage femme est bienveillante ( ce qui devrait être un prérequis obligatoire pour ce métier !), les lunettes de soleil à l’intérieur de la maternité, ça risque de se voir un peu.. ou alors on te confondras avec une star de cinéma qui ne veut pas être démasquée, tu seras mystérieuse ! Ah, au fait ! on a le droit de pleurer, même en public. ça n’est pas un signe de faiblesse, ça veut juste dire qu’on a un cœur en haut a gauche du corps. bisous Simone

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  7. Un bonheur bien mérité chère Simone. Tu m’émeus à chaque fois que je te lis. Je suis passée par les mêmes étapes et les mêmes émotions, sauf qu’après 9 ans d’attente, j’étais tellement sur mon petit nuage, que tout le monde devait me prendre pour une PB qui ne doutait de rien alors qu’en fait, j’avais pleuré toutes les larmes de mon corps pour arriver à avoir ce gros ventre que je portais avec beaucoup de fierté et d’émotion. Je t’embrasse !

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  8. Bonne rentrée Simone ! Ton billet me rappelle mes débuts à la maternité il y a quelques mois… le changement de bâtiment (le centre de pma était juste à cote) était en soi un Graal inespéré ! Je t’embrasse. Profite de tout.

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  9. C’est fou ces coups d’œil dans le rétro alors qu’on est heureux.. Je pense que ça nous permet d’apprécier encore plus la douceur de l’instant présent.
    Plus je parle de nos « galères », plus je me rends compte que finalement, pour beaucoup de couples, il y a eu des embûches sur le parcours.. Après, toutes les embûches ne se valent pas.
    Je suis vraiment contente de te savoir là où tu es. Bonne rentrée Simone! ❤

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  10. Comme je comprends ton émotion. Elle est à son comble le jour J (et jusqu’au jour J je n’arrivais pas à être sereine et ne pas imaginer le pire). Bravo à toi Simone, il en a de la chance ce petit Edgar ❤️

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  11. Tellement , mais tellement heureuse pour vous !
    Je n’ai jamais vu Jean Luc , mais j’ai bien imaginé … et bien ri !
    La naissance d’Edgar est prévue pour quand ? encore un mois de travail ? je vous pensais presque déjà en congé mat .
    Amitiés à tous les deux , et toujours une douce patouille à Edgar de ma part .

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  12. Simone, je suis toute excitée pour toi, tu vas donc avoir un bébé d’automne ? J’ai accouché 2 fois à cette période et j’ai adoré… Bonne rentrée et au plaisir de te relire bientôt ! Profite bien de la fin de cette grossesse et surtout repose-toi !

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  13. Plaisir d’offrir, merci pour l’image. Je repenserai à ta technique !

    Je suis bien contente que ton premier cours de prépa se soit bien passé (et visiblement, ouf, pas de dindes-relous hyperfertiles dans ton groupe – je suis une traumatisée des cours collectifs 😂).
    Ne t’inquiète pas, va, tu es décidément bien normale. Pour TED pareil, jusqu’à la dernière minute, je me suis imaginé le pire, on ne se refait pas 😉
    Bisous Simone et bonne dernière ligne droite !

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