Nous nous connaissons depuis quelques mois seulement. D’emblée, elle m’a paru sympathique, généreuse, humaine, délicate. Peu à peu, nous nous découvrons des sujets d’intérêts communs, les thèmes de discussion s’enrichissent naturellement.

Elle a une dizaine d’années de plus que moi et j’ai très vite perçu qu’elle était en pré-ménopause. Et pour cause : elle a les mêmes attitudes que celles que j’adoptais lorsque j’étais moi-même ménopausée. (Parler de ma ménopause au passé : un des nombreux miracles de la PMA). Pas d’enfant. Elle a pas mal bourlingué et connait beaucoup de choses. Beaucoup plus que moi.

Nous déjeunons en tête à tête un midi. La conversation roule sur les élections présidentielles. Puis dérive sur des sujets personnels. Subitement elle lâche « et puis à cette époque, j’étais en PMA. J’ai fait tout le parcours mais cela n’a jamais marché. Ensuite, tout autour de moi a explosé, ma vie personnelle est tombée en lambeaux. Depuis, je reconstruis ».

Je repose ma fourchette et peine à balbutier « c’est super dur la PMA ».

Me regardant droit dans les yeux, elle répond : « c’est surtout lorsqu’on en sort que l’on prend conscience à quel point cela bousille le corps et la vie toute entière. Quand on est dedans, on ne se rend pas tellement compte en réalité ».

Je suis troublée. Mes yeux s’embuent.

Elle revient sur les présidentielles. Les années à venir seront décisives. Les premiers concernés vont-ils en prendre suffisamment conscience ?

Mes pensées glissent loin des enjeux du quinquennat.

Je songe à l’annonce qu’il faudra bien que je lui fasse.

Plus tard.

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34 commentaires sur « Au débotté »

  1. Jai eu une conversation similaire avec un homme au boulot. En PMA egalement. Il divorce. Pas parce qu ils n ont plus d amour. Mais parce qu elle veut des enfants…et il n est pas capable de lui en donner. La PMA bouffe. Qu importe l issue, je crois qu on est, dans tous les cas, marqué(e)s …

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  2. Tellement juste cette remarque sur la Pma qui bousille le corps, le coulpe et la vie.
    Peut-être cette personne sera t-elle contente que ça fonctionne pour toi…et avec ton intelligence de Coeur et d’esprit, Simone saura lui faire une annonce en délicatesse.

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  3. Je me suis souvent demandée ce que ça faisait de sortir de ce parcours les bras vides surtout après les échecs… Pour te rassurer quand on passe du bon côté, on ne regrette aucune piqûre, on reste cependant jaloux de ceux pour qui c’est si facile.
    Courage pour l’annonce, je suis sûre que tu sauras trouver les mots justes.

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  4. quelle crainte j’ai de ne jamais y arriver! et pourtant c’est possible… je ne sais pas si mon chéri y pense. il me répondrait sans doute que oui, mais que c’est trop tôt pour se prendre la tête. à discuter avec lui tiens! 😉

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  5. C’est bien que cette personne t’en aie parlé, tu pourras en tenir compte pour l’annonce. Mais qu’il est difficile de sortir de PMA les bras vides et le couple explosé. Je mesure chaque jour la chance d’avoir ma fille et plus encore dans quelques jours d’avoir un deuxieme.

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  6. C’est toute l’ambiguïté de passer de l’autre côté. Car même si on n’a pas à rougir de cette place quand on a finalement réussi, il nous est impossible d’oublier que d’autre attendent encore ou ne peuvent plus attendre (ou ont courageusement décidé d’arrêter). Encore aujourd’hui je reste meurtrie par mon parcours mais avec la chance énorme de me dire qu’il n’a pas été vain, car il m’a menée à mes fils. Ton amie, elle, n’a pas cette chance.
    Comme dit Souris la PMA nous ronge quelle que soit l’issue : avec ou sans enfant on en ressort profondément différent. Et c’est avec étonnement que je dois avouer que meme si je suis comblée de bonheur je dois Quand même me reconstruire… Elle aura un pincement au cœur bien sûr mais je suis convaincue que tu sauras lui annoncer avec bcp d’empathie et qu’elle accueillera cette nouvelle avec bcp de bienveillance…
    Et comme dit Val il est fort possible qu’elle ai compris que tu sois passée par là aussi…

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    1. Je ne crois pas qu’on décide « courageusement » d’arrêter la PMA. On l’arrête parce qu’on est à bout, qu’elle nous use, qu’elle prend toute la place et empêche en quelque sorte de vivre « normalement » (enfin, à peu près normalement!). On l’arrête parce qu’on ose enfin reconnaitre ce qu’on sait pertinemment au fond de soi: quoi qu’on fera, le miracle de créer la vie ne passera pas par nos corps. Je n’ai pas « usé » tous les possibles en PMA et me suis longtemps posé la question du « et si »: et si j’étais allé vraiment au bout de toutes les prises en charge, cela aurait-il fini par marcher pour nous? et si j’avais changé d’équipes médicales? et si et si et si…? Et la réponse je l’avais depuis bien longtemps mais ne voulais juste pas l’accepter. Aujourd’hui je suis au clair avec ça. Il y a aussi ce temps de l’introspection qu’on ne se laisse pas ou qu’on ne nous laisse pas, ou vers lequel on ne nous oriente pas (assez). C’est dommage, ça permettrait à nombre de femmes et d’hommes de vivre l’a-parentalité autrement que comme une certaine forme de handicap. Sinon pour en revenir à l’article de Simone, je trouve cela très beau la façon dont cette femme s’est dévoilée sur ce sujet. Tou-te-s tes lecteurs-trices savent que tu sauras trouver les justes mots.

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      1. Desolee si mes mots étaient inappropriés ou s’ils t’ont heurté. J’ai la chance immense d’être de l’autre côté et en effet, ma vision du courage sur ce sujet peut être complètement erronée car je ne suis pas à ta place…. Pendant 7 ans je n’ai pas su m’arrêter, j’étais accro à ce rêve inaccessible…

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        1. Je ne crois pas que tes mots aient pu être inappropriés; c’est une vision des choses, voilà tout! et non, ils ne m’ont pas heurté non plus. Ce que je voulais juste dire concernait uniquement l’arrêt de la pma. Toi tu as continué à y croire, donc quelque part tu savais au fond de toi que c’était possible. Et tu as vu juste, puisque c’est arrivé. Je crois que les femmes et les hommes qui ressortent le plus meurtris en cas d’échec sont ceux qui sont allé au bout de TOUS les possibles, biologiques comme psychologiques, et financiers aussi (on en parle peu, mais sortis des prises en charge et si on n’a pas les moyens d’aller au-delà alors qu’on sait que c’est possible, quel crève-cœur cela doit être d’arrêter!) et ces personnes-là je ne les « vois » quasi nulle part, (alors que le pmettes qui aboutissent sont pléthore sur le net) et je crois que – très pompeusement!!- j’avais envie un peu de dire qu’ils et elles existent aussi! Et qu’ils peuvent être bien dans leur vie, même sans avoir procréer (si si c’est possible) 😉

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          1. C’est vrai que quand on m’a dit que j’étais courageuse de continuer j’ai toujours répondu que ca n’était pas du courage, Ca me dépassait et je n’estimais pas avoir d’autre option. C’est exactement la même chose pour toi. Il y a un moment où c’est arrêter où se perdre définitivement. Il est beau ton cheminement vers le bonheur et oui. Je suis convaincue qu’il existe sans enfant meme si cette perspective m’a hantée pendant des années…

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  7. Je suis sure que plus qu’aucune autre tu sauras justement trouver les mots. C’est peut-être bien d’ailleurs de ne pas attendre qu’elle s’en rende compte par elle-même, comme une démonstration que tu as confiance en elle et en votre relation, et que justement la PMA ne détruira pas cela… gros bizoux en tout cas

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  8. C’est aux copines PMettes que l’annonce de ma grossesse avait été le plus difficile à faire… Comment leur dire? La chance que j’ai eu, c’est que ces annonces ont été faites par mail, j’ai eu le temps de choisir mes mots, et les copines ont pu prendre le temps de digérer l’annonce avant qu’on se voit où se parle…

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  9. Parfois j’ai l’impression qu’il y a un lien particulier entre celles et ceux qui passent ou sont passés par la PMA – pas tous, on ne peut pas généraliser, mais parfois on sent comme tu dis que le courant passe bien et qu’on a des choses à partager, et puis comme par hasard, on découvre cette expérience « commune », jamais la même, parfois malheureusement radicalement différente en termes notamment de résultat, mais qui clairement transforme. Se reconstruire quand on a les mains vides doit être terriblement difficile. Déjà que je ne trouve pas ça simple tous les jours de se reconstruire malgré la présence d’une jolie petite âme à mes côtés – parce que oui la PMA, ça détruit beaucoup de choses, et c’est vrai qu’on n’en prend parfois réellement conscience qu’après. Je te souhaite de réussir à trouver le bon moment pour partager ton parcours à toi, je ne doute pas que tu sauras t’y prendre avec douceur; mais je pense aussi comme d’autres que ce qu’elle t’a glissé entre deux phrases n’était pas anodin et que c’était peut-être une invitation pour que tu oses partager avec elle ce que peut-être elle sent déjà, consciemment ou non.

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  10. J’imagine sans peine ce moment d’émotions pour vous deux. Elle se livrant comme elle ne doit pas le faire si souvent, parce qu’ elle se sent et se sait en confiance; et toi recevant cette confidence…
    Je ne serais pas surprise qu’ elle ait deviné une partie de ton parcours, et t’aide ainsi à anticiper la manière de le lui dire à ton tour. Ce que tu feras avec délicatesse quand tu sentiras que le moment est venu.
    Je t’embrasse fort Simone 😚.

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  11. Nous avions commencé à sympathiser avec un couple qui n’avait pas d’enfant malgré un long parcours.
    Je n’étais pas assez proche pour leur annoncer ma grossesse et ils ont découvert le pot-aux-roses en me voyant chez ma BS. J’ai eu mal quand j’ai vu leur regard à l’un et à l’autre et j’ai compris que ma BS ne les avait pas prévenus… « Ah je ne t’avais pas dit que les Nalou attendaient enfin un héritier ? »
    Il faut faire ce qui est en notre pouvoir pour mettre un peu de délicatesse dans une situation qui peut se révéler d’une grande violence…
    Inutile de préciser que nous ne les avons jamais revus.
    Je ne doute pas que tu sauras choisir l’instant et les mots.

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  12. J’imagine ta « surprise » à cette annonce.

    Ton annonce à toi sera effectivement délicate mais te connaissant elle sera pleins de tacts. Et comme d’autres je pense que peut-être qu’elle aussi à perçu que vous aviez plus en commun que ce vous croyez au début…

    Bises.

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  13. Si tu as su percevoir qu’elle était en pré-ménopause, il est probable que de son côté elle ait pu percevoir que tu étais en plein parcours PMA… 😉 et ce n’est sûrement pas anodin qu’elle se soit confiée à toi précisément sur ce sujet là.
    Comme les filles, je suis sûre que tu sauras trouver les mots. Je t’embrasse et j’espère que tout va bien 🙂

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  14. Je comprends bien ta position. Je « revis » depuis que nos témoins de mariage ont également réussi à avoir un bébé. Quand on leur a annoncé ma grossesse, ils étaient déjà en essai depuis 5 ans. Mais ils ne l’ont pas mal pris, c’est bête mais ta copine aussi doit être malheureusement un peu habituée. Ca ne l’empêchera pas d’avoir certainement de la peine mais je suis persuadée que votre amitié continuera, laisse-lui juste peut-être un peu de temps. Je tardais pas trop à lui dire peut-être pour ne pas qu’elle l’apprenne autrement (par quelqu’un ou bidon visible!)

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