L’autre jour, j’ai eu comme un moment d’égarement sur mon canapé. J’ai répondu oui à une proposition de week-end avec des copains pour dans quelques mois dans un beau coin de France.

Nan, mais je me crois où ? (Réponse : sur mon canapé).

Genre. La fille qui se croit libre d’organiser ses loisirs à sa guise…Momone et sa mémoire de poisson rouge.

Dans ces quelques mois, je serai peut-être en plein traitement, en plein transfert ou en train de guetter une fausse couche…

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L’autre matin devant mon calendrier, j’ai fait le compte des vacances que je ne prendrai pas en 2017. Prudente, je dois anticiper et me garder des jours pour plusieurs transferts voire une autre stimulation. Eh oui, Momone n’a pas le droit de bénéficier des autorisations d’absence pour suivre ses traitements de PMA.

Scoop : Momone est fonctionnaire. Le Gouvernement avait proposé que les fonctionnaires puissent bénéficier de ces autorisations d’absence au même titre que les salariés du privé. Cette proposition s’intégrait dans une loi plus large sur l’égalité. La majorité parlementaire a voté cette loi. Puis des parlementaires d’opposition ont déféré cette loi devant le Conseil constitutionnel pour qu’elle soit censurée. Le Conseil constitutionnel a censuré les autorisations d’absence pour les fonctionnaires au motif qu’il aurait fallu l’intégrer dans une loi spécifique.

Au vu du calendrier parlementaire, la majorité actuelle n’aura pas suffisamment de temps pour faire passer cette loi avant les prochaines élections. Des parlementaires ont donc en conscience fait en sorte que les traitements PMA des fonctionnaires soient rendus plus difficiles. Ces parlementaires ont un nom et une adresse, ce sont peut-être vos députés et vos sénateurs, vous leur avez d’ailleurs peut-être accordé votre voix en 2012. Leurs noms : ici. Vous trouverez l’article que BAMP consacre à ce sujet ici.

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Je pense qu’on nous ment. Il y a beaucoup moins d’infertiles qu’on veut bien nous l’annoncer. Le fameux chiffre d’ 1 couple sur 6 n’est pas crédible quand on constate que la pétition de BAMP pour faire bouger les choses en termes de PMA en France recueille à peine 1500 signatures. Ils sont où les gens ? Les infertiles ? Leurs familles ? Leurs amis ?

J’ose une explication : à l’instar de beaucoup d’autres sujets de souffrance, les gens tentent de se sauver eux-mêmes sans penser qu’il faut améliorer globalement les choses. Ce type de comportement est tout à fait légitime sur le plan individuel mais n’offre aucune perspective d’amélioration pour tous.

Employons les grands mots. Le combat contre l’infertilité est politique au sens noble du terme. Politique car il est question d’environnement, de santé environnementale, de moyens consacrés à la santé, de crédits et de liberté laissés à la recherche, de place de la femme, du rôle de la parentalité…. Toutes ces questions sont de nature politique et sont loin d’être une évidence. La société française est traversée par de grandes fractures sur ces sujets.

Il y a des gens qui pensent que la lutte contre les perturbateurs endocriniens n’est pas une priorité, que l’on peut jeter la sécurité sociale aux oubliettes, qu’il ne faut pas permettre aux équipes françaises de PMA  de recourir à des techniques qui augmentent les taux de réussite et qu’il n’y a qu’une manière de faire famille.

Ok, ils sont libres de le penser. Mais si parmi eux il y a des infertiles ou des proches d’infertiles, il ne faudra pas venir brailler parce que leur enfant ne vient pas, la France accumulant du retard en terme de PMA.

Dans l’histoire, aucun progrès n’a été obtenu en demandant poliment. Non, tout est affaire de rapport de forces. La pétition lancée par BAMP doit enclencher ce rapport de forces. Quelle crédibilité pour faire avancer les choses quand à peine 1500 personnes ont signé la pétition ? Quelle crédibilité pour interpeller les élus et faire avancer concrètement les choses ?

Les malheureux infertiles Québecois le savent bien que l’infertilité est politique. Depuis l’année dernière, les FIV ne sont plus remboursées par leur sécurité sociale. Ceux qui paient des impôts peuvent avoir des crédits d’impôts sur une partie des dépenses. Les autres.. ben… tant pis pour eux. Du coup, le nombre de tentatives a chuté et par conséquent les moyens accordés à la PMA ont fortement diminué. Un beau cercle vicieux qui plongent les gens dans un désespoir profond.

C’est cela que nous voulons ?

***

France Inter a consacré une émission sur les perturbateurs endocriniens dont le contenu m’a fait frémir. Vous pouvez la réécouter ici. Il est question dans le premier quart d’heure des effets des perturbateurs endocriniens sur la fertilité et l’endométriose. Le journaliste à l’amabilité de relayer les questions que j’ai posées via twitter (à 5’20). Là encore, il est question de légiférer pour les interdire, faut-il encore voter pour les bonnes personnes…

***

Désolée du ton un peu âpre de ce billet mais un quinquennat, c’est très long dans la vie des infertiles et si les choses n’avancent pas – ou pire reculent – c’est le rêve de milliers d’entre nous qui se brisera.

***

Je vous remets le lien pour signer et faire signer la pétition. Merci de votre mobilisation.

 

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43 commentaires sur « Momone s’égare et s’agace »

  1. Merci, Simone te lire me redonne la niaque pour poursuivre le combat. Je me dis, tiens finalement, je ne suis pas toute seule à penser ça, Simone aussi et en plus, elle l’écris super bien.
    Tu sais depuis 3 ans que nous essayons de mobiliser les «troupes» souvent nous avons doutés, et envie de tout laisser tomber. Souvent, nous nous sommes dis, mais où sont les gens ? Sommes nous seules à vouloir changer la situation ? Pourquoi si peu de retours ? Pourquoi si peu d’engagements ? Peut-être faisons-nous fausse route ?
    Puis un mail reçu de gens qui ne vont pas bien, qui ont besoin d’aide, alors pour eux on se remet en selle.
    Oui BAMP n’est pas parfait et ne correspond pas à tous, mais qui est parfait ?
    Nous essayons avec nos petits moyens et notre grande utopie (solidarité, citoyenneté, engagement, égalité, avenir meilleur, etc) de faire bouger la situation française.
    Alors, oui c’est désespérant de n’avoir que 1454 signataires en bientôt trois semaines, surtout quand tu vois que lors de la première publication plus 10 000 personnes ont lu l’article parlant de la pétition.
    Donc, un grand MERCI Simone……nous partîmes 500………nous attendons encore le prompt renfort, en espérant qu’il ne prenne pas conscience trop tard de la nécessité de sa présence.

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  2. Hello Simone, je comprends ton agacement mais je pense que l’infertilité reste un tabou et que beaucoup de couples n’osent pas en parler à leur entourage. Comme si c’était inavouable de ne pas « réussir » à faire un enfant. Le poids de la société est tel qu’on cache l’infertilité comme un secret honteux. Et donc ça se ressent aussi au niveau politique…
    Partager la pétition avec les très proches c’est une chose, mais la transmettre à d’autres c’est avouer que l’on est concernés. Ce difficile relai de communication pourrait en partie expliquer le peu de signatures… Si les centres de PMA relayaient l’info ça pourrait peut-être aider ?

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    1. Je suis d’accord avec toi Mrs Madeleine et moi même je n’en ai pas parlé à mon entourage. Pourquoi? C’est une souffrance et je n’ai pas envie de partager ma vie intime, ma vie de couple avec des collègues ou certaines personnes indélicates. Sujet tabou pour certains mais surtout sujet douloureux 😖…
      pas envie d’entendre les conseils de couples fertiles et ces phrases qui se veulent réconfortantes alors qu’elles sont à côté de la plaque…

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    2. Bonjour Mrs Madeleine,
      bien sûr que l’infertilité reste un tabou et moi-même j’en parle très peu à mon entourage. Sans même devoir partager les choses avec ses proches, si les couples infertiles signaient la pétition, on n’en serait pas là 😉 Et là, on parle juste d’un clik, pas de se découvrir en public..

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  3. J’ai signe . Contrairement à ce que tu dis je pense que l’infertilité renferme les gens et que certain en dehors des traitements non plus la force d’aller au combat , et que franchement ll ne faut pas se mentir tout le monde espère ne mettre qu’en orteil en pma et repartir le ventre rond le plus vite possible , et que du coup se lancer dans ce genre de pétition conforte dans l’infertilité . J’espère que les choses vont bouger , pour toute celle sur le quai et les millions de prochaines dans les années à venir , car en arrive à des questions d’argent comme au Canada c’est le début de la fin …

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      1. Bien sûr que l’infertilité est taboue, mais il ne s’agit pas de procéder à des coming out en grand public, juste de signer en un petit click. Si les infertiles ne se mobilisent pas pour juste signer une pétition, il ne faudra rien attendre de bon pour la suite…

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            1. Je pense que c’est un peu différent. Relayer une pétition pour améliorer la prise en charge de l’infertilité quand on est trentenaires et que notre entourage nous tanne pour savoir « et vous, c’est pour quand ? » c’est quand même un joli indice. Alors par mail auprès de la famille qui est au courant, oui bien sûr. Mais sur les réseaux sociaux, pour moi en tout cas, c’est no way.

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  4. Simone, comme toujours j’adore tes articles et j’admire ton engagement.
    Je n’ai pas signé cette pétition car je ne suis pas en accord avec toutes les actions de BAMP car je trouve que l’association a tendance à créer un clivage avec les fertiles, ce que je trouve dommage. Je n’ai jamais vécu mon infertilité contre les fertiles et le plus difficile dans mon parcours a été l’incertitude de ne jamais avoir d’enfant, pas les remarques pas toujours subtiles des gens.
    Je trouve aussi que les expositions artistiques sont intéressantes, mais ne me semblent pas la priorité quand je fais un don à l’association car elles ont une résonnance très locale.
    Et je trouve qu’on n’a pas trop le droit d’exprimer un avis divergent, enfin on peut l’exprimer, mais autant se parler à soi même.
    Je pense que le combat devrait se concentrer sur les moyens fournis aux centres de PMA, l’uniformisation des techniques de « dépistage » avant de commencer un protocole et l’accompagnement des couples (absences autorisées, soutien psy, etc…).
    Mais comme je sais aussi que c’est une des seules associations qui se bouge, je vais la signer quand même.

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    1. Bonjour la Reine,
      Je te remercie de ton commentaire qui me permet de préciser ma pensée.
      En quoi l’asso créerait un clivage avec les fertiles ? Il me semble qu’au contraire, la démarche est celle de l’ouverture car justement l’infertilité amène à se poser des questions sur des champs qui concernent tout le monde (santé, environnement, droit du travail). D’ailleurs, les infertiles en PMA cherchent bien à devenir fertiles, non ?
      Par ailleurs, je ne suis pas d’accord avec toi sur les expositions. Le slogan de l’asso c’est « Témoigner, Agir, Informer ». Or, il me semble bien que depuis les débuts de l’humanité, l’art permet à la conscience humaine de grandir et aux hommes et femmes de se projeter hors de leurs conditions. Tu vois, cela fait 4 mois que je souffre (et crois-moi le mot est faible) quotidiennement de la ménopause artificielle sensée calmer le feu de l’endométriose. Eh bien, visiter une exposition, lire un livre, aller au musée, au théâtre ou au cinéma est une activité qui m’apaise énormément car me sort de ma souffrance particulière pour aller « communier » avec une autre réalité qui n’est pas la mienne. J’arrive même parfois à toucher une forme de sérénité qui m’aiderait à supporter une vie sans enfant, moi qui me bats depuis plus de 8 ans sans réussite. Alors oui, j’ai besoin de relier ma souffrance d’infertile à des oeuvres artistiques qui apaisent énormément mes tourments.
      Je pense que le combat contre l’infertilité est pluraliste et doit employer différents voies et moyens pour porter ses fruits. C’est ce que fait BAMP, je te retrouverai avec plaisir à la prochaine réunion pour débattre 😉

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      1. Pas envie de laver mon linge sale en public mais je ne pense pas venir à la prochaine réunion BAMP 😉
        Si l’art t’aide et te fait du bien, tu aurais tord de t’en priver, j’avoue que ça ne me touchait pas plus que ça dans mon parcours.
        Pour les slogans, je soutiens complètement Témoigner, agir, informer, j’ai plus de mal avec les slogans des goodies que je trouve agressifs.
        Bref on ne peut pas être d’accord sur tout !
        Courage pour la ménopause, j’avais eu droit à un mois et ça m’avait déjà paru interminable, j’espère que tu vas vite pouvoir passer à l’étape transfert.
        Bises

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  5. Merci pour ton article, prise de conscience de ma part, je ne l’avais pas signé je viens de le faire et de la transmettre à des connaissances..j’avoue être assez dépitée par les possibilités offertes par La pma en france et je n’aurais pas de scrupules à me tourner vers l’étranger si besoin..

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  6. Oui c’est vraiment moche cette différence pour les fonctionnaires … 😦
    J’ai signé la pétition et partagé sur facebook … C’est vrai que le nombre de signataires pour l’instant fait un peu grincer des dents …
    Bravo et merci pour cet article, Simone …

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  7. Je trouve ça honteux de ne pas donner les mêmes droits aux fonctionnaires que dans le privé. Mais bon comme j’ai pu voir avec mon conjoint comment parfois les fonctionnaires sont les plus mal logés alors que travaillant pour l’état, ça ne m’étonne même plus… Mais les choses bougent quand même après tant d’années d’immobilité (lentement certes), espérons que cela ne prendra pas trop de temps pour que tous les travailleurs aient les mêmes droits.
    J’avoue que j’avais en tête l’idée d’une reconversion professionnelle en passant par un concours pour intégrer la fonction publique, mais je crois que tant que les choses ne bougent pas et que je suis en PMA, mieux vaut rester dans le privé…
    J’avoue que je n’assume pas vraiment de parler de mon infertilité en public, comme pour beaucoup de gens, et c’est vrai que cela ne facilite pas les choses pour la reconnaissance. Je pense que les gens non confrontés à cette situation ne se rende pas compte de la difficulté de concilier sa vie de tous les jours avec les multiples RDV.

    Déjà quand je parle des perturbateurs endocriniens, que je commence à utiliser que des produits naturels, à fabriquer moi-même mes cosmétiques, les gens me prennent pour une hippie/un extra-terrestre.Ils préfèrent se voiler la face plutôt que d’assumer de s’étaler et d’ingérer du poison en continue… Alors si même la population s’en tape, comment faire bouger les choses…

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  8. Bonjour Simone,

    désolée ça va être une logorrhée… Je viens d’avoir deux petits bébés après quatre ans d’attente, dont deux en PMA (parce que, en bonne élève bien sotte que je suis, j’avais respecté scrupuleusement les instructions officielles « attendez deux ans d’essais pour consulter, sauf si vous avez plus de 35 ans »), et pendant tout ce temps je n’ai pas créé de blog, j’ai mis longtemps à suivre les blogs de PMettes, je n’ai pas adhéré à BAMP, je n’ai pas contacté mon député… et je viens expliquer pourquoi, puisque ça t’interroge.

    D’abord j’ai eu la chance de pouvoir parler assez naturellement de nos soucis d’infertilité autour de moi, y compris au bureau parmi les collègues qui étaient aussi des amis et dont je savais qu’ils n’allaient pas me trahir. J’emploie ce mot parce que, oui, il y a une raison pour laquelle nous sommes toutes anonymes, mais pas forcément toujours la même : je n’ai pas d’espèce de pudeur sur ce sujet, mais je sais trop bien que dans le monde du travail on se méfie déjà des femmes autour de 30 ans, qui vont forcément (ha ha !) « coller un gamin » (et donc un congé maternité, et ensuite, c’est bien connu, des horaires 9h-18h) à leur malheureuse hiérarchie. Si donc on avoue être en parcours PMA, non seulement c’est sûr (ha ha bis) que ledit congé maternité va arriver, mais en plus entre-temps on va être absente pour des rendez-vous médicaux, peut-être être fatiguée. Et les hormones, hein. Les hormones des femmes, on (surtout les chefs hommes) sait ce qu’en vaut l’aune. Bref, après cette longue digression, toujours est-il que j’ai pu parler de nos soucis autour de moi et donc moins ressenti le besoin d’ouvrir un blog en forme d’exutoire. Et comme malheureusement beaucoup d’entre « nous » les infertiles ressortiront ou sont ressorties de la PMA sans la parentalité rêvée, je m’interdisais de m’identifier à la communauté PMA pour ne pas souffrir par procuration, au-delà de nos échecs à nous, des échecs d’autres familles à qui je me serais identifiée. D’ailleurs le premier blog PMA que j’ai lu (à rebours) était celui de la Reine, parce qu’elle a trop la classe bien sûr, mais aussi parce que je savais qu’il y avait un happy end au bout. Alors adhérer à une association, je n’en parle même pas.

    S’y ajoute le fait que beaucoup d’entre nous ont souffert dans leur parcours médical (quand je repense à ta GEU non diagnostiquée…). J’ai eu de la chance, ce n’est pas mon cas. Mais nous avions décidé avec mon conjoint que nous avions une confiance illimitée dans notre centre de PMA, que nous suivrions aveuglément leurs recommandations (sauf quant à l’implantation d’un seul embryon au lieu de deux – et nous avons bien fait – mais c’était présenté comme une simple recommandation entre deux choix qui nous étaient proposés, pas une décision médicale), sans chercher d’autre avis, d’examen complémentaire etc. Je préférais donc fermer les yeux sur les incompétences ou maltraitances médicales subies par d’autres, pour ne pas me dire que peut-être j’étais aussi en train d’en subir et remettre en cause cette confiance que nous avions décrétée et qui marchait bien pour nous d’un point de vue psychologique (encore une fois, gros coup de chance, ça a fonctionné, mais si ça n’avait pas été le cas je serais peut-être en train de la déplorer, cette confiance naïve…).

    Ensuite, il y a la question du temps. Je ne l’apprends à personne ici, la PMA c’est terriblement chronophage (directement, et indirectement parce qu’il faut aussi réussir à se ménager des choses qui vous aèrent l’esprit). Et c’est le plus important dans nos vies à tous et toutes. Alors, égoïstement, les combats collectifs qui de toute façon ne serviront pas directement à ton petit parcours à toi (parce que le temps que la loi soit changée, puis applicable, de toute façon, tu auras jeté l’éponge), on ne les priorise pas.

    Enfin, j’ai du mal avec le côté fourre-tout des revendications de BAMP : j’ai l’impression qu’ils ont mis un peu d’eau dans leur vin, mais il me semble qu’à une époque le manifeste incluait la PMA pour tous et toutes (or je ne supporte pas qu’on mette sur le même plan une infertilité médicale de couples hétérosexuels qui ont légitimement « rêvé » un enfant biologique en commun depuis des années et l’infertilité biologique de couples homosexuels, et sans être opposée à la PMA pour lesbiennes je ne vois pas pourquoi elle serait financée par l’Assurance maladie et alimentée par les trop rares dons gracieux de gamètes ; quant à la GPA pour couples gays, je n’étais pas trop pour, et après avoir vécu une grossesse je suis désormais vraiment contre). De même la conservation des gamètes par précaution me gêne pas mal. Par ailleurs je trouve que les 48 propositions ne sont pas à mettre sur le même plan, et qu’à trop demander on risque de ne rien obtenir, surtout quand on ne chiffre rien. Il y a quand même à mettre en avant des choses qui ne coûtent quasiment rien, par exemple l’information préventive, même au lycée (personne ne m’a dit qu’avec mes cycles naturels de plus de 35 jours je n’aurais peut-être pas dû attendre ces fameux deux ans officiels, ce n’était pourtant pas compliqué !).

    Au final, maintenant que les premières raisons ne sont plus (et que je lis désormais quelques blogs PMA dont le tien en envoyant silencieusement toutes les ondes positives possibles…), je n’exclus pas de me mobiliser (paradoxal, je sais)… et je vais donner une seconde chance à cette pétition. Et la faire circuler, même si je ne suis toujours pas sûre de la signer moi-même.

    HS : Je sais que ce n’est pas une consolation pour ce que tu vis, mais j’apprécie énormément ta plume et tes réflexions.

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    1. Bonjour MY,
      je te remercie de ta longue réponse, je souhaite que blog soit un lieu d’échange, j’apprécie donc les différents avis.
      Je vais essayer de répondre aux différents points que tu soulèves :
      – sur les femmes et le monde professionnel : je suis d’accord avec toi, la place faite aux femmes est difficile (j’en ai d’ailleurs souffert comme bien d’autres), le réflexe est donc d’essayer de se planquer pour espérer passer entre les gouttes. Il en va de ce sujet comme de bien d’autres : les difficultés sont personnelles et les solutions collectives. Si on ne se bouge pas (rappel à la règle, appel à un syndicat, militantisme pour faire évoluer la règle et les l’appliquer), les choses ne se règleront pas d’elle-mêmes.
      – tu as choisi de faire confiance les yeux fermés à ton centre PMA. Visiblement c’est le bon choix puisque tu as deux enfants désormais. Mais reconnais que si les patients ne sont pas vigilants (individuellement ou via les asso), les mauvaises pratiques peuvent perdurer et des donc des échecs vont avoir lieu alors que des réussites auraient pu arriver. J’en suis donc à mon 3ème gynéco de PMA, et j’ai bien fait de changer car à l’heure qu’il est j’aurais certainement déjà terminé mon parcours les bras vides et le cœur en miettes. Là, je peux encore nourrir quelques espoirs.
      – la question de l’engagement : il en va de l’infertilité comme de tous les combats, il est très difficile de mettre en relation ses problèmes perso et les combats qui doivent être menés collectivement. De mon côté, je ne fais pas grand chose alors que je pourrai faire beaucoup plus que ce soit syndicalement, pour le droit des femmes, ou contre l’infertilité. Seulement, si d’autres ne s’étaient pas mobilisés avant nous et depuis (en ce moment même), force est de constater qu’il ne ferait pas aussi bon vivre en France. Historiquement c’est un fait : rien n’a été obtenu en demandant poliment, non, c’est toujours la mobilisation et le rapport de force qui s’ensuit qui ont permis d’obtenir des nouveaux droits pour tous.
      – sur BAMP : tu parles de revendications fourre-tout et notamment la PMA pour les femmes homosexuelles. Le sujet n’est pas tranché puisque le manifeste appelle à un débat sur la question. Moi-même je n’ai pas d’avis encore précis, je suis encore en réflexion. Seulement, un petit commentaire sur les conséquences de l’ouverture de la PMA aux lesbiennes que tu décris. La PMA n’est pas un marché en cercle fermé, il n’y a pas de « places » à piquer aux « bons infertiles » (ie les hétéros en couple). C’est exactement les arguments employés par ceux qui s’opposaient au mariage homo et à l’adoption car les homo allaient adopter les enfants qui devraient « naturellement » revenir aux couples hétéros. Pareil sur la sécu : pourquoi ne pas rembourser les IAC ou les FIV à tous ? Si on commence à faire des lots, il faudra le faire pour plein de choses : ne pas rembourser la chimio d’un fumeur qui a un cancer du poumon par exemple, ne pas rembourser les soins d’un accidenté de la route qui avait bu. Si on commence à découper la sécu, c’est alors qu’elle disparaît et chacun prend une assurance pour s’assurer ses risques à soit. Ce serait là un formidable retour en arrière historique.
      – Sur la conservation des gamètes, mon avis se précise : finalement, je crois que je suis pour. Les cheminements de vie peuvent être heurtés et tout ce qui va dans le sens de la liberté de la femme m’intéresse. (Combien de femmes ont « fait » un enfant avec un compagnon qu’elles n’aiment pas juste à cause de cette maudite « horloge biologique »). Et que l’on ne me parle pas de la nature qu’il ne faut pas contrarier parce qu’à ce moment, nous sommes tous destinés à mourir à 60 ans sans les progrès de la médecine.

      Enfin, je te remercie de ta signature et de tes compliments sur mon blog !

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      1. Ah mais sur la vigilance des patients – c’est vrai que j’ai eu beaucoup de chance, et je suis très contente pour vous de votre rencontre avec le Dr Espoir – et l’engagement personnel pour le bénéfice collectif je suis tout à fait d’accord avec toi ! Tout mon commentaire tendait à expliquer pourquoi je ne m’étais pas engagée (avant), mais ne le justifiait pas – je ne sais pas si la nuance est très claire (i.e. je reconnais que j’ai privilégié mon petit « confort », si on peut parler de ça pendant un parcours d’AMP, alors que éthiquement et rationnellement ex-post ce n’était pas forcément la meilleure attitude, et c’est notamment ton billet qui m’a forcée à y réfléchir).

        Sur les remboursements, d’une part je considère effectivement qu’il y a une contrainte budgétaire, tant financière (déficit de l’Assurance maladie – si on pouvait augmenter les remboursements, je trouve qu’on pourrait commencer par les soins optiques !!! et je suis moyennement chaude pour qu’on augmente encore plus les cotisations…) qu’en termes de dons de gamètes. A mon avis le débat n’a pas à être relié avec l’adoption par les couples homos, parce que l’argument « il y en aura moins pour les couples hétéros » se fonde sur un droit à l’enfant que je ne reconnais pas. Ce n’est pas que les couples hétéros sont « bons », et les autres « mauvais », et c’est pour ça qu’ils devraient être également éligibles à l’adoption ; c’est juste que pour les premiers, l’infertilité est une *maladie*, et pas pour les autres, ou alors ça ouvre la porte à l’assertion que l’homosexualité serait une maladie et autres Brigitte-Barégismes (berk) ! Mais si une lesbienne, en couple ou pas d’ailleurs, a des problèmes d’ovaires polykystiques ou de trompes bouchées (maladies donc), je serais tout à fait pour qu’un traitement soit pris en charge par l’Assurance maladie. Et si elle peut en profiter pour devenir enceinte, j’en serai très heureuse pour elle !

        Nous ne sommes heureusement pas obligées d’être d’accord sur tout, merci pour ta réponse et tes arguments.

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  9. Pour suivre la loi égalité citoyenneté dans le cadre de mon travail, je ne pense pas que ca soit la disposition sur la PMA qui pose le plus de soucis aux députés et sénateurs mais plutôt les dispositions sur le logement social. En leur écrivant sur cette disposition je sais que je vais avoir une réponse bateau sur le caractère plus général de la loi.

    Je comprends ton indignation sur l’absence d’autorisations d’absences pour les fonctionnaires. J’ai saisi les syndicats de cette question étant moi même fonctionnaire et le plus grand silence a été apporté à ma réponse. On ne peut rien faire, ce n’est pas dans la loi, voyez ca avec votre chef de service. Je ne me vois pas partir en guerre contre ma hiérarchie tout seule au risque de perdre la petite souplesse qui m’est accordée parfois.

    Pour ce qui est de la pétition, je ne souhaite pas partager cette épreuve avec mon entourage, donc difficile de parler de la pétition. Ils ne comprendraient pas et je n’aurai aucun soutien, ils me trouveraient toujours une bonne raison qui ferait que c’est de ma faute si ca ne marche pas. Etre infertile c’est encore tabou, et partager ces épreuves c’est les revivre en les rancontant encore et encore.

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    1. Bonjour Lanoutte, bien sûr, le déféré au CC n’était pas dû à la disposition sur la PMA, mais il faut bien comprendre que cette question est éminemment politique (comme le logement sociale d’ailleurs ;)) : il y a des gens pour et des gens contre. Il est important de le savoir avant de glisser son bulletin dans l’urne.
      Je suis d’accord avec toi, l’infertilité est un tabou, mais si déjà tous les infertiles signaient la pétition, ce serait un grand pas !

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      1. Sur le caractère politique des dispositions PMA je suis tout à fait d’accord avec toi. En prenant contact avec l’asso BAMP ce week end, j’ai eu l’occasion de discuter avec une référente et le sujet a dévié sur les prochaines élections. J’avoue que je ne savais même pas que certains candidats souhaitaient réduire l’accès à la PMA, je pensais naivement que c’était un acquis …

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  10. Je comprends et partage ton agacement Simone. On doit se bouger sinon personne ne le fera pour nous. Et en même temps c’est si difficile de s’investir dans ce combat en plus du quotidien. D’impliquer nos proches qui n’y comprennent pas grand chose et qui s’inquiètent pour nous. Quant à BAMP, je rejoins l’avis de la Reine, j’ai du mal avec leur façon de faire et l’histoire de la Boutique m’a laissé un goût amer. Ils (elles) ont quand même le mérite de vouloir faire bouger les lignes, et de communiquer sur le sujet qui nous rassemble toutes ici…
    Bref c’est compliqué, et les discours politiques ne sont pas là pour nous rassurer. J’ai signé la pétition, je vais voir pour la faire circuler au mieux… Des bisous ❤

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  11. Excellent article !
    Je me suis fait la même réflexion à l’égard du nombre de personnes touchées par l’infertilité vis-à-vis du nombre de signatures de la pétition BAMP. Je suis d’autant plus désarçonnée qu’une pétition est avant tout symbolique. La réalité d’une mise en agenda par le politique est un processus complexe ; jamais les propositions ne seraient adoptées comme telles, ni même mises à un ordre du jour pour être reprises et discuter une à une. Le poids des signatures est celui de l’ouverture à un débat sociétal et politique. Et donc signer, ce n’est pas adhérer à l’ensemble des idées, c’est pousser à une nouvelle réflexion sur la PMA, bien entachée dans l’opinion publique par les années de la manif pour tous et la confusion entre PMA, GPA, FIVDO, etc.
    Après, j’entends bien les résistances à s’exprimer sur le sujet avec son entourage car oui, c’est tabou, et la pitié mal placée des autres est pénible. Je me suis d’abord battue dans mon entourage pour qu’ils saisissent de quoi il en retourne et évoluent sur les représentations mais chacun fait de son mieux et comme il peut.

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  12. Merci Simone pour cet article…à trop avoir la tête dans le guidon on oublie parfois de prendre le recul nécessaire pour apprécier la situation de manière plus globale. J’ai signé la pétition et je vais essayer de la diffuser le plus largement possible. Tu as raison c’est à nous de faire bouger les lignes, de ne pas oublier que rien n’est jamais acquis et de nous battre pour faire progresser les choses !
    😘😘

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