Alors que les jeux olympiques ont laissé place aux jeux paralympiques, c’est une nouvelle fois l’occasion de célébrer ces « héros », ces « battants » qui ont sacrifié les années de leur jeunesse pour accéder au podium. Peu d’analyse sportive dans les commentaires mais beaucoup de pathos, il s’agit surtout de tirer des larmes dans les chaumières.

Alors que la société de consommation ne laisse place apparemment qu’au «fun» et au «cool» (pour mieux vendre des barres chocolatées et imposer en douce la casse sociale généralisée), qu’il ne faut pas traumatiser nos chères têtes blondes avec des notes scolaires et que toute sélection est le mal incarné, nous sommes enjoints à porter aux nues ces sportifs qui ont travaillé avec acharnement pour atteindre leurs objectifs.

Sifflons d’admiration et inclinons nous : ils ne connaissent pas les vacances, ont renoncé aux sorties entre amis, délaissent les attraits de la bonne chère… Toute ceci n’était pas vain, non, puisqu’ils ont conquis une médaille. Cette belle médaille olympique vaut naturellement tous les sacrifices dont le souvenir est effacé aussitôt approché le podium. De ceux qui sont arrivés au pied du podium ou 6ème ou 12ème ou plus loin, on saura peu de choses. A moins qu’ils soient français et qu’il y ait une belle histoire à raconter.

Ceux-là peuvent être déçus ou tout simplement satisfaits d’avoir participé. D’autres peuvent être profondément désespérés. Mais rien ne sera montré. Est-ce seulement montrable ? Pas de temps d’antenne pour regretter les années passées à avoir vécu pour un objectif unique, ces larmes-ci ne sont pas vraiment télégéniques.

Ceux-là sont mes frères et mes sœurs. J’imagine aisément la confusion de leurs sentiments. « Au moins, je n’aurai pas de regrets car j’ai tout tenté pour réussir…mais toutes ces années durant lesquels j’ai délaissé mes amis, ma famille, je n’ai pas profité des petits week-ends en amoureux, je n’ai pas vu grandir mes neveux et nièces… ».

La question est légitime : tous ces sacrifices pour un résultat hypothétique valent-il la peine que l’on s’impose ?

Il ne s’agit pas de refuser par principe de mener les batailles car elles sont l’essence même de la vie, elles sont le moteur du progrès humain et du bien-être individuel. Le progrès s’est d’ailleurs construit autour de la volonté de perfectibilité de l’Homme.

Peut-être faudrait-il aussi honorer tout autant ceux qui ont perdu ou qui ont fait le choix de cesser ce combat-là pour aller vers d’autres découvertes. En définitive, les « perdants» ne le sont pas tant que cela. Ils sont des défricheurs d’un autre et d’un ailleurs possibles.

L’échec peut se révéler un moteur puissant dans l’existence, car il oblige à dépasser la conception qu’un individu se faisait de sa vie, il montre la voie vers un autrement.

Je regrette que notre société soit uniquement verticale, qu’il faille aller toujours plus loin, plus haut, plus vite et plus fort. Et si le salut était aussi dans l’horizontalité ? C’est-à-dire cueillir le jour, profiter de l’instant, prendre le temps de discuter avec son prochain, cheminer sans but prédéterminé, trébucher, refuser une promotion professionnelle pour mieux réinventer sa vie…

En cette rentrée, ma verticalité reptilienne se percute drôlement avec mon aspiration d’horizontalité : j’en suis au stade oblique.

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7 commentaires sur « La vie n’est pas un stade olympique (et c’est tant mieux) »

  1. J’ai toujours été dans l’oblique voire l’horizontalite et la PMA m’a conforté dans mon choix. Je suis binaire, je veux juste être heureuse et depuis que j’ai compris ça je savoure chaque petits bonheurs du quotidien. Oui même avant les jumeaux j’étais heureuse. La verticalité c’est bien aussi. Si ça te rend heureuse.

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  2. Le parallèle est audacieux. A ceci près que bon nombre d’entre nous n’ont pas la possibilité de refuser la pma contrairement aux athlètes qui peuvent renoncer à leur choix. Je ne parle pas des malheureux sportifs issus des didactures. Cela dit les presque mamans doivent se reconnaître avec les recalés du podium. Intéressant 😉

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  3. Cette phrase me parle beaucoup : « L’échec peut se révéler un moteur puissant dans l’existence, car il oblige à dépasser la conception qu’un individu se faisait de sa vie, il montre la voie vers un autrement. » ❤

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  4. Dans un travail qui marche à la verticale en escaliers, que j’aime cette idée de renouer avec l’horizontalité. De nouer tout court d’ailleurs tant j’ai eu l’impression de vivre compétition toute ma vie. La PMA malgré moi m’apprend à ne pas trop regarder devant et parfois ça fait du bien. J’ai écouté il y a deux jours une super conférence d’un Québécois sur l’apprentissage de « s’arrêter ». C’est bête je retrouve plus le lien… Bref, je t’embrasse, à l’horizontale, ma sœur de piste de course. 😘

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