Fichtre, ils ont osé. C’est même à cela qu’on les reconnaît. Simone hésite entre le tragique, le cynisme, l’abattement… ou le comique. Un peu requinquée, elle a décidé d’accueillir la bêtise administrative d’un grand éclat de rire…et de s’en payer une bonne tranche.

Le feuilleton continue. Après moult échanges de courriers depuis 2 mois nous n’avons toujours pas obtenu la copie de nos dossiers médicaux et des réponses à notre plainte sur la non prise en charge de la grossesse extra-utérine.

Or, nous avons grand besoin de nos dossiers médicaux pour les transmettre à notre nouveau gynécologue, le Dr Espoir, afin que le biologiste et elle puissent comprendre ce qui a fonctionné/ pas fonctionné lors des dernières tentatives.

Quant au courrier de plainte, je rappelle que nous ne sommes pas engagés dans une vendetta personnelle, je veux juste que l’hôpital reconnaisse ses failles et les corrige pour éviter qu’une autre se retrouve dans ma situation.

Depuis le début, nous sommes dans une démarche raisonnée, factuelle et j’avais toujours dit que si le ton devait monter cela ne serait pas de notre fait.

Alors que l’on s’apprêtait à faire un énième courrier rappelant l’esprit et la lettre de la loi de mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, nous avons eu une révélation: et si depuis le début, on nous prenait pour des JAMBONS ?

Pour nous décourager de faire valoir nos droits légitimes de patients.

Forts de cette découverte, nous n’avions plus qu’à nous mettre dans la peau d’un jambon et raisonner comme tel. Ah les gars, ils l’a connaissaient pas la Momone…. Ben, ils vont apprendre vite…

Ce qui a donné le (long) courrier complètement foutraque ci-dessous.

jambon+au+torchon
On va s’en payer deux belles tranches

*****

Monsieur le Directeur,

Nous serions presque tentés d’écrire « cher Directeur » tant notre budget timbres et enveloppes a augmenté depuis qu’on se connaît. Et puis vous êtes cher à nos petits cœurs qui battent la chamade chaque soir à votre évocation lorsque nous reluquons notre boîte aux lettres souvent vide.

Il faut dire que vous nous épatez. Ou alors que nous sommes bien naïfs. Nous avions eu l’audace de croire qu’à la suite de notre dernier courrier, vous nous auriez  transmis fissa fissa nos dossiers médicaux et donné des réponses sur le fond à notre plainte sur le non suivi de la grossesse extra-utérine de Madame. Raté. Rien. Nothing. Nichts. Nada.

A dire vrai, nous sommes à deux doigts de penser que depuis le début, vous nous baladez pour nous décourager de ne pas aller plus loin dans nos démarches. Nous en serions presque vexés.

Au risque de vous décevoir, désolés, mais à ce petit jeu là, c’est nous les professionnels. La preuve, ça fait presque 8 ans qu’on essaie d’avoir un enfant et on n’a toujours pas lâché l’affaire. Et puis, vous en connaissez beaucoup vous, des gens prêts à faire la queue 1/2 heure chez la charcutière pour deux tranches de jambon? Faut dire qu’il est super bon son jambon. Et moins cher que le produit sous vide plein de flotte  que l’on trouve en grande surface. On le sait, on a vérifié les prix chez Carrefour. Donc voyez, vaudrait mieux nous répondre plutôt que de chercher à nous faire tourner en bourriques. Parce que nous, on est des warriors. Par exemple, la charcutière, elle est aimable un jour sur trois. (Soit quand même beaucoup plus souvent que certains praticiens hospitaliers de notre connaissance). Ben, on s’en fiche de son sourire absent, sans se décourager, on fait quand même la queue pour les avoir, nos tranches de bon jambon. La preuve, hein. Qu’on est des warriors.

Nonobstant, on espère être les seuls que vous faites tourner en bourriques. Parce que nous, à part le chagrin lié à l’infertilité, on a plein de projets. Mais les gens qui ont des maladies graves, vous pensez qu’ils ont la force d’entrer dans votre petit jeu et de perdre leur temps compté à vous écrire et à lutter contre vos non réponses ? Franchement, si ce n’était la crainte de gâcher la précieuse substance, l’idée que vous êtes des jeanfoutres pourrait se dresser dans nos esprits chafouins.

Surtout, on pense à tout ce temps et cet argent perdus. Parce que ce n’est certainement pas vous qui léchez les enveloppes, vous devez avoir une secrétaire pour faire ça. Dites, ça ne vous traverse jamais le cerveau qu’elle pourrait utiliser ses compétences à faire quelque chose de plus utile de ses journées ? Et n’allez pas nous répondre que c’est à cause de Marisol TOURAINE. On ne peut pas non plus tout lui coller sur le dos à cette brave dame.

Vous devez trouver qu’on vous parle beaucoup d’argent. C’est pas qu’on est radins mais toutes ces petites plaisanteries finissent pas nous coûter cher. Comme l’hôpital public nous a claqué la porte au nez, on s’est retrouvés pour la première fois à la clinique. Et on a dû grave raquer. Madame ayant été arrêtée 15 jours à la suite de son hospitalisation, elle a perdu sa prime de présentéisme. Honnêtement, vous avouerez que ça fait mal aux ovaires.

Vous nous rétorquerez à raison que grâce à tout ça, on n’a quand même pas un budget puériculture énorme. Certes, on vous accorde bien volontiers ce point. En fait, c’est sur le fond que ça nous chagrine. Parce que voyez, nous on est des militants du service public. On est convaincus (en un seul mot) que le financement par l’impôt et les cotisations sociales des services est plus optimal et efficient que le recours au privé. Comme on a la chance d’avoir tous les deux un boulot à plein temps, on crache un max pour le percepteur. En bons citoyens, nous en sommes ravis, contrairement à la charcutière qui se plaint souvent de payer pour les fainéants qui ne cherchent même pas de boulot comme ils l’ont montré à la télé.  Nous, ça nous dépasse un peu d’avoir dû aller frapper à la porte d’une clinique pour cause d’hôpital défaillant.

Comme on est très amoureux tous les deux, on s’accroche très fort à l’espoir d’être parents un jour. On a déjà fait 3 inséminations et 2 FIV. Échec à chaque fois. La seule « accroche » c’est cette fameuse grossesse extra-utérine non détectée. Après toutes ces années d’attente, on aurait trouvé ça chouette que l’embryon s’installe au bon endroit. Dommage. C’est la faute à pas de chance. Ou pas. Mais si les appels de Madame avaient été pris au sérieux, nous aurions évité toutes ces journées et ces nuits douloureuses. Depuis, on a lu des articles sur les conséquences de la grossesse extra-utérine et on a soupiré en se disant que cela aurait pu être très grave, si nous n’avions pas compris nous-mêmes que la situation était critique. Au cas où ça vous intéresse, on pourra vous raconter les heures terribles d’expulsion de l’embryon. Par contre, on vous prévient, faudra avoir l’estomac bien accroché car c’est quand même assez gore. Remarquez, avec votre boulot, vous devez avoir l’habitude.

Bref. Vous reconnaîtrez que depuis le début, on est des gens constructifs. On ne s’en prend à personne individuellement, on respecte énormément l’institution. Nous voudrions juste des réponses à nos questions et éviter que d’autres personnes connaissent les défaillances que nous avons subies.

Histoire de faire gagner du temps (et de l’argent) à tout le monde, nous avons une proposition honnête à vous faire.

Le concept c’est que vous nous disiez clairement si vous comptez ou pas nous répondre sur le fond. La transparence quoi.

Dans la négative, promis, on arrête de vous écrire. Mais avant, on a juste un conseil à vous demander. Parce que nous, on n’y connaît rien en procédures et que vous, vu vos fonctions, vous devez être super calé. La question, c’est vers qui doit-on se tourner pour la suite, dans la mesure où, vous l’avez bien compris, on ne compte pas lâcher l’affaire :

  1. l’Agence Régionale de Santé
  2. le Conseil de l’Ordre
  3. le Maire en tant que Président du conseil d’administration
  4. le tribunal administratif
  5. Jean-Luc Mélenchon
  6. Médiapart
  7. la charcutière (et si c’était elle en réalité qui dirigeait le monde?)

On vous laisse un numéro de portable pour que vous puissiez nous répondre par SMS. Pendant ce temps-là, votre secrétaire pourrait faire un peu de classement. Ou alors rédiger des courriers types. On est un peu gênés de vous l’avouer, mais, dans la correspondance que nous recevons de l’hôpital, il arrive qu’il y ait des fautes d’orthographe. Alors, balader les usagers d’accord, mais faites-le plus professionnellement en mettant en place des procédures dignes de la grandeur de votre institution. Ou achetez un Bescherelle. Bordel.

Donc, dans le SMS, il vous suffira d’indiquer le ou les numéros qui vous semblent les plus pertinents. Si vous n’en n’avez rien à secouer de nous, faites l’étoile. Comme ça, on sera enfin fixés. Remarquez, depuis tout ce temps, l’effet de surprise est passé.

Bon, c’est bien beau tout ça, mais ce courrier commence à être un peu long et on risque de dépasser les 20 g. Et puis faut qu’on se dépêche d’aller à la Poste avant d’aller faire la queue chez la charcutière. Pratique, c’est juste en face.

Vous commencez à nous connaître, alors on ne va pas se la jouer faux culs en évoquant nos meilleures pensées ou notre plus sincère cordialité, tout ça tout ça…

 Force et jambon,

 

Simone ATTEND                                                                                                     Simon ATTEND AUSSI

faitesletoile
Pitié, ne faites pas l’étoile
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71 commentaires sur « Le jour où je parle de la charcutière au médiateur de l’hôpital »

  1. C’est hallucinant. Oui oui je te confirme qu’ils n’ont pas plus d’empathie avec des personnes atteintes de cancer ils ne font pas de discrimination. C’est beau.
    Ya des jours où j’ai vraiment mal à mon service public moi aussi !

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    1. Il se trouve que j’ai un cas dans mon entourage avec une maladie très grave (dans un autre hosto certes, mais l’institution ne réagit pas non plus aux demandes de la famille). C’est surtout pour eux que j’ai écrit cette lettre, pour déverser ce trop-plein de ras-le bol…

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  2. Bravo de garder ton humour face à ces… gros c*ns ??
    Je suis désolée de te savoir encore au même point et j’imagine combien il est usant de réclamer encore et encore ce qui est un droit de patient.

    Une idée, comme ça : et si on lui écrivait nous aussi à ton cher directeur ? Histoire qu’il ai de la lecture de toute la France, tu vois ? L’Amoureux est doué (prof de Français), il est prêt à se fendre d’une belle lettre. Tu pourrais même lancer un appel. On lui enverrai des mots doux de partout, ça lui montrerai à quel point les pmettes sont solidaires et persévérantes.

    Sinon, tu peux également écrire au Canard Enchainé par exemple, ça ne résout rien mais au moins, ça défoule et c’est bien dans l’esprit de s’en payer une bonne tranche ! 😉

    Tu peux nous contacter en privée (pour donner une adresse où écrire) : mavie.enpma@gmail.com

    Plein de bisous à vous deux et surtout courage !

    Aimé par 4 people

  3. Courrier de dingue ! Au moins ils vont tellement halluciner de le recevoir qu’ils seront plusieurs à le lire. Mais je trouve ça dingue en plus de leur procédure merdique d envoi des dossiers que vous en soyez tjs à attendre… Pour la mauvaise prise en charge de la GEU je suis moins étonnée car bon reconnaître leurs torts c’est pas le truc qu’ils ont envie de faire. Mais les dossiers bordel c’est juste des photocopies que les stagiaires peuvent faire !!

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  4. Ça me rend tellement dingue de se foutre à se point de la gueule du monde en toute impunité… Votre lettre est juste géniale, n’aimerais-tu pas qu’on la relaie via nos blogs ou les réseaux sociaux, ça leur mettrait peut-être un peu la pression ?

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  5. Quand tu vois la réactivité des systèmes de santé en cas de plainte dans les autres pays, tu te dis qu’on a énormément de retard…

    Je suis vraiment Addict de ta plume même si je souhaiterai que tu t’exprime sur un autre sujet.

    Bises.

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  6. Quel courrier splendide, une plume de Maître, j’imagine la tête de la personne qui va la lire, comment ne peut on pas répondre à ce genre de courrier. Le système hospitalier français a encore beaucoup de progrès à faire…

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  7. Wahou ! Si avec ça le directeur appelle pas pour vous rencontrer la semaine prochaine ! Y a pas moyen d’ailleurs d’aller faire le pied de grue devant une porte pour obtenir de vive voix enfin une réponse et les photocopies ? J’aime bien l’idée du relais à la presse aussi. Surtout avec une plume pareille ! Bisous 😘

    Aimé par 1 personne

  8. Quand j’ai vu ton article, je me suis dit: « Allons se marrer en lisant Simone! » T’es carrément thérapeutique le sais-tu? Tu devrais être rémunérée pour le bien que tu fais autour de toi. 😉
    En tout cas, chapeau bas. Comme toi, je n’aurais pas lâché l’affaire mais je n’aurais jamais osé écrire un mail aussi drôle, piquant et cinglant. Ils ne doivent pas être habitué à recevoir ce type de courrier: c’est génial de changer leurs habitudes !!!
    Concernant ton dossier, tu ne peux pas aller sur place directement, sans leur laisser le choix? On avait tout récupérer de cette façon… Mais bon, j’imagine aisément que l’idée de retourner là-bas ne t’enchante pas des masses.
    Vivement le prochain épisode !!
    Au plaisir de te lire.

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    1. Ce n’est même pas un mail que l’on a balancé mais un courrier avec accusé de réception… on prend nos précautions avec ces sagouins là…quant à l’idée de se pointer là-bas, je la retiens dans un coin de ma tête… on leur donne 15 jours pour réagir… gros bisous ma Julys, j’espère que tu vas bien.

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  9. Cette lettre, c’est du pur génie ! En revanche, je suis estomaquée de lire que vous n’avez toujours pas eu de réponse à vos courriers précédents. C’est incroyable ce manque de respect des patients, et de la loi. Et combien de personnes à votre place qui, devant tant d’inertie, laissent tout simplement tomber.
    En tout cas j’admire votre ténacité ! Force et jambon à vous, ne lâchez rien !

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  10. Je vous trouve hyper « couillu » dans la démarche (mais vous êtes 1000 fois dans votre bon droit) ! Et le style est juste génial ! J’espère que ça fera avancer les choses, pour vous et pour tout ceux qui pourraient potentiellement se retrouver dans votre cas. Bise !

    Aimé par 1 personne

  11. Rhoooooo pinaise, j’aimerais voir leurs têtes quand ils liront ça! Quoique j’imagine que le second degré ils ne connaissent pas… la forme est drôle, le fond beaucoup moins… toujours pas de dossier (le minimum syndical car je pense que pour la geu ils ne se remettront pas en cause…). Ça me fait penser aux patients cobayes de biotral qui n’ont tjs pas les résultats de leur irm. C’est pas comme si y avait eu un mort suite à l’essai clinique hein… ça m’énerve cette indifférence. Je vous trouve extra d’envoyer vos courriers si bien pensés, mais ils ne méritent pas votre talent.
    Mille bises

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  12. Impressionnant mélange d’audace, de culot, de maitrise de soi et d’humour ! Le tout avec une plume à décoiffer les cocotiers (ou les charcutières) ! J’espère sincèrement que cela fera avancer les choses, pour vous et pour ceux qui viendront après, infertiles ou malades, dans cet hôpital et peut-être dans d’autres.
    Bravo.

    Aimé par 1 personne

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