Grosse prise d’expérience pour Simone ces derniers jours, elle va pouvoir rajouter des lignes à son CV déjà chargé. La page de la FIV 2 ne s’est pas tournée avec le majeur comme elle aurait aimé le croire mais avec une grossesse extra-utérine de derrière les fagots. DNLP est décidément pleine de ressources.

Première partie du récit.

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Je vous présente Monsieur Gabriele Fallopio (1523-1563), le gars des trompes.

Si vous avez loupé les épisodes précédents…

Les dates clés de la FIV 2, c’est :

  • 27 novembre : début du traitement
  • 5 janvier : ponction
  • 8 janvier : transfert
  • 18 janvier : taux à 63
  • 20 janvier : taux à 51
  • 22 janvier : taux à 34

En gros, depuis le 20 janvier, j’attendais mes règles avec impatience pour pouvoir en finir avec cet échec. J’avais des douleurs abdominales plus ou moins supportables (depuis le début du traitement en fait), des élancements dans les seins à me plier en 2 et une fatigue physique fondamentale. De temps en temps, j’appelais à la PMA pour leur raconter tout ça. Réponse immuable de la secrétaire : « Il faut être patiente, c’est normal, ça prend du temps » (LOL). Quand je demandais à partir de quand et de quel niveau de douleur ce n’était plus normal, je n’avais pas de réponse. (Itération de LOL).

Le 10 février, c’était le rendez-vous de débriefing de la FIV2 avec le gynéco. J’allais pouvoir lui raconter mes douleurs en direct. Le rendez-vous ne s’est pas super bien passé car il n’a pas apprécié nos demandes d’investigations complémentaires avant de faire une nouvelle tentative. Il ne m’a pas crue quand je lui ai dit que je n’avais toujours pas eu mes règles : « c’est impossible, vous les avez eues, elles arrivent forcément avec la fin des traitements ». Solidarité masculine mal placée, il a même cherché du regard l’assentiment de Simon. Pas de bol, ce dernier est aux premières loges pour entendre parler tous les jours de mes fonds de culotte. Bref, un exemple de plus que la parole des femmes est perçue comme faiblement légitime. Alors que j’insistais et que Simon opinait (vous ai-je déjà dit à quel point il opine bien cet homme ?), il a fini par me faire une échographie. Il fallait changer de salle pour ce faire, ce qui le gonflait visiblement. Ce fut une écho digne d’entrer dans le Guinness des records. Sérieusement, je pense qu’elle a duré moins de 30 secondes. J’ai eu du mal à visualiser car il avait tourné l’écran vers lui, mais en me penchant, j’ai vu qu’il n’a regardé que l’utérus (coucou la VAE de gynéco). Il a cinglé : votre endomètre est très épais, vos règles vont arriver dans les jours qui viennent. Dont acte.

Nous sommes ressortis de là avec la ferme intention de ne plus jamais y remettre les pieds, tout accrochés à notre rendez-vous parisien d’avril avec le Dr Espoir.

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Allégorie de mon centre PMA

Après, vous connaissez la suite : infusion de persil, de cannelle, mouvements divers, culottes banches sans protection, poney intensif, etc. Toujours rien. Toujours super mal au bide. Puis la séance de micro kiné a miraculeusement effacé mes douleurs et j’ai pu reprendre le sport. Mais toujours pas de règles à l’horizon.

La Simone est insistante

La semaine dernière, j’ai rappelé la PMA. La secrétaire a répondu que mon cas serait étudié « au staff ». Je les imagine :

– « Bon les gars, y a l’autre pénible qui rappelle, soit disant qu’elle n’a pas ses règles !

– Bordel, filons lui du duphaston, qu’elle arrête de nous harceler 

– Ok, je prépare ça avec un nouveau dosage de HCG, c’est la procédure

– La garce, je suis certain qu’elle les a eues et qu’elle ne s’est pas rendue compte »

Ils ont donc faxé à ma pharmacie préférée les 2 ordonnances susdites. (Note : le niveau de langage sur ce blog atteint parfois des sommets propres à faire entrer Simone à l’Académie Française – coucou Finkielkraut).

Vendredi matin, je suis donc allée faire ma prise de sang, sûre et certaine que le taux serait, comme toujours, inférieur à 5 UI – sauf les 3 exceptions susmentionnées de janvier. J’avais la boîte de dudu dans mon sac à main et je comptais bien commencer le traitement dès le soir même. De toutes façons, depuis 3 jours j’avais des douleurs de règles très précises et j’étais persuadée qu’elles allaient se pointer ce week-end. Dommage, j’avais un super programme parisien, mais tant pis, quand DNLP est aux manettes, il ne faut pas s’attendre à beaucoup de miséricorde. (Mais putain, les mots compliqués qu’elle emploie la Simone, y a vraiment de quoi s’esbaudir). Par acquit de conscience, j’ai vérifié avec le labo qu’il faxe bien les résultats à la PMA. Oui, oui Madame Simone, on a l’habitude.

Je m’enquille donc ma journée de travail pleine de réunions et de sollicitations diverses en pensant à tout ce qu’on a prévu de faire de super chouette à la capitale. J’en reparlerai plus tard, mais c’est chaud au boulot. Mes équipes et moi bossons comme des dingues sans beaucoup de reconnaissance. Quand le management à la française fait des carnages chez des salariés bien formés, compétents et investis…

Ça pue la GEU

Je découvre le SMS du labo vers 13h45 alors que je suis en « cocktail déjeunatoire » (où comment esclavagiser les gens en leur faisant croire que c’est la coolitude suprême de faire des réunions debout sur le temps de pause déjeuner). Tout en me dirigeant vers ma réunion de 14h, je vais sur le site du labo via mon téléphone intelligent. Pas trop de suspens, mon dudu m’attend pour le soir même.

Je me statufie : le taux est passé à 5972. Alarme dans le cerveau de la Simone.

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Il se la met dans l’œil, lui

Je rentre en réunion, persuadée que la PMA va me rappeler dans le ¼ d’heure. La réunion se déroule : rien, nada, nothing, nichts… pas d’appel. A un moment sur un dossier, je dis à mes collègues que bon quand même, faut arrêter de se monter le bourrichon sur la notion d’urgence, on n’est pas dans un hôpital non plus. Dès ma sortie de réunion, j’appelle le centre. Il est à peu près 16 h : « Ben non, Madame, on n’a rien reçu du labo. De toute façon, le médecin titulaire est parti, on ne pourra rien vous dire avant demain samedi ». Je rappelle le labo qui me confirme qu’ils ont bien faxé les résultats, que c’est toujours la même chose avec l’hosto, qu’ils perdent les fax, ne vous inquiétez pas Madame, on leur envoie à nouveau. Aussitôt raccroché, la secrétaire de la PMA me rappelle pour dire qu’elle vient de retrouver le fax transmis à 12h30 (tiens c’est l’heure de début des réunions du staff)…il était resté dans la machine… Elle me confirme qu’il est trop tard pour avoir un avis médical (ben oui, il est 16h20) et sur le ton de la confidence me dit que je ferais bien d’aller illico chez mon médecin traitant pour récupérer une ordonnance pour faire une écho car c’est certainement une GEU. Oui, oui, j’avais bien compris, j’ai un bon niveau en gynéco pratique depuis toutes ces années.

J’appelle mon médecin dans la foulée et lui résume l’histoire, et là : venez tout de suite récupérer l’ordonnance et en chemin vous appelez tel numéro pour aller faire l’écho. Il faut préciser que j’habite dans un coin de France sous doté en médecins et que les gens ont pris l’habitude de s’automédiquer pour des angines car il est souvent impossible d’obtenir un rendez-vous dans des délais raisonnables. Si elle me dit de passer maintenant, c’est qu’on ne rigole pas alors.

Je passe à mon bureau chercher mes affaires : le téléphone clignote, plein d’appels en absence, ma page Outlook est noire grasse de messages à traiter, les fâcheux font la queue devant mon bureau. Je renvoie tout ce petit monde, dépose 2 dossiers chez une responsable d’équipe en lui disant que j’ai une urgence à traiter. J’hésite à prendre mon ordi de boulot et puis merde, avec la vie qu’ils me font mener, je vais m’occuper de moi ce week-end.

En chemin, j’appelle tous les centres échographiques des pages jaunes : personne ne veut/peut me prendre. J’envoie un SMS à Simon pour lui dire que la situation pue un peu.

J’arrive chez le médecin et me glisse dans la salle d’attente pleine. Elle raccompagne le patient précédent et appelle déjà le suivant, alors je signale ma présence. Elle me demande de la suivre. Murmure dans la salle d’attente. Je vous emmerde les gens. (Le style n’est plus trop Académie compatible d’un coup). Elle me fait asseoir, imprime l’ordonnance et me demande de répéter mon histoire. Et là, la successful working-girl (de moins en moins Académie Française friendly…) s’effondre en larmes. La doc me rassure comme elle peut, s’étonne que l’hôpital ne m’ait pas fait venir en urgence après les résultats ce midi. De toutes façons, je ne veux plus y remettre les pieds que je réponds. Alors, elle me conseille d’aller aux urgences de la clinique. Tant mieux, c’est plus proche de chez moi.

Je rentre à la maison, toujours en pleurant. Échange de SMS avec Simon, il bosse loin, et peut être de retour au plus tôt à 18h30 s’il prend le 1er train. Je me tâte de l’attendre ou pas. Je préfère finalement qu’il me conduise. On n’a qu’une voiture et si je devais rester hospitalisée, il serait isolé à la maison avec son vélo. J’avais programmé une machine à laver pendant la journée, je prends le temps de l’étendre tout en pleurant. C’est bête, mais je me disais : si on doit passer la nuit aux urgences, je n’aimerais pas que le linge mouillé reste dans le tambour… Je me demande parfois si je n’ai pas un rapport au linge pathologique. Bon, on en reparlera une autre fois si ça vous intéresse vraiment, mais j’ai une GEU sur le feu à vous raconter là.

linge
Simone fait une GEU

Je vais faire un tour sur doctissimarde pour en savoir plus sur ce qui peut se passer pour moi dans les jours qui viennent. En gros : soit un décès dans des douleurs atroces, soit un bébé miracle. Dans un élan de rationalité, je décide de ne crédibiliser ni l’un ni l’autre.

Il est l’heure, je prends mon cartable de PMA, mon bouquin, un journal et je vais chercher Simon à la gare et lui passe le volant. Deux heures que je pleure, mais purée, je les stocke où ces litres de larmes ? Et si je monte sur la balance, ça m’aura fait perdre beaucoup de poids ?

Découverte de la clinique

Nous arrivons à la clinique, c’est la première fois que j’y vais. C’est beau, c’est propre, c’est calme, les gens sont gentils. J’essaie de contenir mes pleurs en pensant très forts aux poilus de 14-18 qui ont tant souffert dans les tranchées. Puis à Daesh. Moi la petite occidentale privilégiée et rassasiée du XXIème siècle, malheureuse parce qu’il manque des enfants à son bonheur.

Après moins de 10 minutes d’attente, un gynécologue nous reçoit. Pour une échographie longue, très longue. A la fois endo et abdo. Pour la première fois de ma carrière de PMette je découvre une table d’examen morphologique, sans étriers. Je note le progrès. L’examen est douloureux, j’ai super mal à droite. Je convoque mes poilus. Puis les barbus. Je ne pleure plus. Il confirme la grossesse extra-utérine et me dit que je dois rester hospitalisée. Il m’explique les deux alternatives : soit opération par cœlioscopie, soit voie médicamenteuse avec le fameux méthotrexate. On va me refaire des dosages de hcg pour déterminer laquelle est la plus adaptée.

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Spécimen bien débouché

Chance pour moi, il ne m’envoie pas à la maternité mais dans le service de chirurgie orthopédique car c’est là qu’il y a de la place. Je préfère 100 fois les plaintes des vieux à qui on vient de changer la prothèse de hanche que les pleurs de nouveaux-nés. Super accueil des aides-soignantes et des infirmières. Simon repart me chercher un sac avec des affaires. Pendant ce temps un médecin anesthésiste vient me voir dans la chambre. Il est étonné de la vitesse et de la précision à laquelle je remplis le questionnaire pour l’anesthésie générale. C’est que je suis blindée moi, j’ai déjà 3 AG dans les pattes ces derniers mois avec la PMA. Je lui précise que j’ai apporté ma carte de groupe sanguin la plus récente. Une infirmière vient me faire une prise de sang au bras gauche (c’est la deuxième de la journée) pour chercher un truc. Puis une autre vient me faire une prise de sang pour chercher un autre truc : là, je tends le bras droit.

Je pleure un peu. Poilus, barbus, je me calme.

Simon revient avec une valise et de la nourriture pour tenir un siège. Pas de bol, lui rétorque-je, je dois rester à jeun. Et comme dans le théâtre de boulevard, une aide-soignante se pointe avec un plateau repas : finalement j’ai le droit de manger jusqu’à minuit. Je n’ai pas trop faim. Je picore et Simon profite du hachi parmentier Sodex*.

J’envoie des SMS mensongers aux gens avec qui nous devions passer le week-end à Paris : la fatigue, le boulot, les trucs à faire à la maison, toussa toussa…

Voilà, c’était la première partie du récit. Simone vous racontera la suite demain.

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153 commentaires sur « Et maintenant, place à la GEU »

  1. 😢 je mesure la chance d’avoir été prise en charge dans une bonne clinique. C’est réellement important.
    J’espère que tu trouveras de bons interlocuteurs par la suite.
    Je trouve ça dommage que vous n’ayez pas pu dire la vérité â vos amis… Parfois, les amis sont d’un secours précieux, et réagissent « bien », même si ce n’est pas toujours le cas. Mais c’est votre choix 🙂
    Plein de bisous. Tu es arretee, hein ? On est d’accord ?

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  2. Putain !! J’ai tellement de retard dans mes lectures. Marde.
    J’ai lu ton éloge du persil et je voulais commenté pour te dire de refaire un HCG au cas où. Parce que j’ai aussi testé la GEU pour FIV 1 et que bon, ça pue la loose quand les règles se font trop attendre.
    Ton (ex) centre a vraiment commis une faute très grave qui aurait pu te coûter la vie. J’espère au moins qu’ils t’ont présenté leurs excuses pour tous leurs manquements (de diagnostic, d’implication, d’empathie, d’humanité…). Ils mériteraient un courrier bien acerbe, mais j’imagine que tu as d’autres chats à fouetter…
    J’espère que tu vas mieux. Pour ma part, le Metho avait suffit. Je m’étais donc vite remise physiquement. En revanche, moralement, ça a été difficile de gérer ce flot émotionnel. À l’époque, j’avais tant espéré que l’issue soit différente… Je t’embrasse bien fort ma chère Simone et sache que depuis une jolie petite bourgade tchèque, je pense à toi. ♥

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    1. j’avais pensé à l’hypothèse GEU mais je l’avais écartée car enfin, le doc m’avait vu, m’avait fait une écho, il savait ce qu’il faisait quand même…
      Plein de pensées vers toi ma chère Julys en ces journées si importantes…
      je t’embrasse

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  3. Je n’ai pas de mots. Quand DNLP et le corps médical (et secrétarial) s’allient c’est encore plus rageant. J’espère que la GEU sera bien vite derrière toi et n’aura pour conséquence qu’une lettre bien bien sentie à ton ex-centre.
    Gros câlin ❤

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  4. Je n’ai encore jamais commenté ton blog mais après avoir lu cet article, je décide de sortir de l’ombre.
    Je suis choquée du manque de sérieux de ce centre pma, je comprends que tu ne veuilles plus jamais y mettre les pieds (sauf peut-être pour leur dire le fond de ta pensée). Je t’envoie beaucoup de courage pour la suite!

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  5. Je viens de prendre connaissance de ton post ma petite Simone. Je te fais des gros bisous un gros câlin virtuel et t’envoie une vague de courage. Pour tout te dire j’ai eu l’impression de me lire. J’ai en effet raconter dans le 1er post de Mon blog la même histoire…tout pareil Sauf que moi j’avais eu mes règles et donc ça a été décelé plus tard. Beaucoup de douleurs trompe droite…même réaction que ton ex centre  » c’est dans votre tête » … je te souhaite que le méthote machin fonctionne. Pour ma part c’était trop tard,j’étais à 60 000 de beta hcg et le con d ecjographiste m’avait carrément montre l’écran ou l’on voyait ce petit1 être bouger. Biensûr ablation de la trompe. Seul le temps,les activités et l’appui du chéri nous aide à avancer et continuer. 9 mois plus tard j’étais retombée enceinte ça n’a pas tenu mais bon bizarrement ça m’a fait moins mal. En tout cas je sais qu sur le moment c’est très dur mais tu es forte et je sais que tu es très courageuse ! Tu vas vite avec ton chéri tourner la page. Je suis comme toi quand ça ne va pas je pense à des gens qui vivent des choses difficiles au quotidien et pendant des années. Gros bisous et je croise pour que tu me recroques vite une tablette de chocolat ☺😊

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  6. Simone, je suis de tout cœur avec toi dans cette nouvelle épreuve douloureuse et tellement injuste. Je suis effarée par le manque de sérieux du centre dans lequel tu étais suivie. Je pense fort à vous. J’espère que les médecins vont pouvoir abréger ta souffrance et que tu pourras prendre un peu de temps pour toi, avec ton chéri à ta sortie de la clinique. Je t’envoie mes pensées les plus réconfortantes et plein de bisous.

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  7. Il y aurait de quoi lui coller un procès à ce c#nn@rd de ‘docteur’!!!
    Tu t’en souviendras longtemps de cette première accroche…
    J’espère que tu t’en sors le mieux possible étant donné les circonstances. Je pense bien à toi.
    Gros bisous

    Aimé par 1 personne

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