Bien souvent vers 19 heures, quoi qu’elle fasse, où qu’elle soit, Simone prend conscience qu’il est bientôt 19 heures. Malgré elle, malgré les années qui ont passé. Cette échéance quotidienne s’est fixée d’elle-même dans sa mémoire reptilienne.

19 heures. C’était l’heure à laquelle je prenais ma pilule contraceptive pendant des années. Entre la pilule et moi, ce ne fut pas toujours un long fleuve tranquille. Nous avons du tâtonner et nous ajuster avant de réussir à nous apprivoiser. Puis j’ai fini par trouver celle que je supportais le moins mal.

Il fallait la prendre absolument à heure fixe. 19 heures tapantes, j’avais décidé. La plaquette avait une place dédiée dans une petite poche de mes sacs à main qui se sont succédé.

Elle n’était pas remboursée. Quand Simon est apparu dans le paysage, il a décrété que c’était une dépense qui nous concernait tous les deux et que je devais la faire supporter par le compte joint. Je lui répondais en rigolant que c’était ça le deal : je finance la pilule et lui financerait les gosses.

Innocente Simone!

2 ou 3 fois, j’ai laissé passer l’échéance, prenant conscience de mon oubli le lendemain. Toute tremblante, je me rendais en pharmacie pour acheter un test de grossesse. « Pourvu que non », « Ce n’est vraiment pas le moment », « Je ne suis pas prête ». Toujours un ouf de soulagement accompagnait l’apparition de l’unique barre rose.

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J’ai arrêté la pilule il y a plus de 7 ans maintenant.

Désormais, mes journées sont souvent bornées ainsi :

  • 7 h : ouverture du centre PMA
  • 12h-14h : appel du centre de PMA pour m’indiquer la suite des traitements
  • 19h30 : passage de l’infirmière pour l’injection

Pourtant, mon cerveau est étonnamment peu encombré par ces rendez-vous qui rythment mon existence de PMette. J’ai configuré des alarmes dédiées dans mon agenda électronique. Des rendez-vous parmi d’autres dans mes journées bien chargées.

Les économies générées par la pilule financent les livres de développement personnel, l’ostéopathe, l’hypnothérapeute, les samedis matins au spa…

Les hormones payantes sont remplacées par d’autres hormones couvertes par mon ami le 100 %. Mon vieil ami que j’ai déjà renouvelé une fois.

Bien souvent vers 19 heures ma vie d’avant me fait signe. La jeune Simone qui croyait que tout était possible, du moment qu’elle le voulait et qu’elle s’investissait, m’adresse un petit coucou dans un sourire triste.

Bien souvent vers 19 heures, je voudrais retrouver l’insouciance de mes 20 ans.

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25 commentaires sur « La bonne heure »

  1. Le soir de mon mariage, toute à ma joie, j’ai oublié de prendre la sacro-sainte pilule. Première dispute avec mon tout nouveau mari : « tu te rends pas compte, on n’est pas prêts, t’es inconsciente… » On est repartis de l’hôtel en robe et costard pour allez chez mes parents chercher la petite pilule toute rose… Ton article m’a fait penser à cette anecdote. La mariée que j’étais il y a bientôt six ans était bien inconsciente… Du combat qu’elle allait mener. Bisous Simone ! Bonne semaine.

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  2. Gros bisous de réconfort Simone ❤

    Et oui, quelle naïveté on avait à l'époque!
    Maintenant je me dis que j'aurais pu économiser 9 ans pilule d'hormones inutilement prises.
    Au niveau naïveté, je me rappelle aussi des premiers tests de grossesse fait après l'arrêt de ma pilule. Et oui, si je n'avais pas mes règles, c'est que j'étais sûrement enceinte du premier coup comme quelques unes de mes copines, non? 🙂

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  3. oh oui, si on avait su ! ! Comme dit au dessus, le soir de mon mariage, j’ai oublié ma pilule… et ben tant pis ! ensuite on est parti en voyage de noces, j’étais complètement décalé dans mes horaires, et puis c’est là que zhom m’a dit, laisse tomber ce truc ! ! Moi, toute contente, ok… on va arriver aux 7 ans de mariage et toujours pas de bébé…alors on se sert les coudes et les journées rythmées autrement, ça change la vie ! !

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  4. Au final Simone , ton poste est drôle, nous sommes toutes passées ( je pense) par ce cas de figure.
    Je me souviens avoir tellement eu peur il y a 14 ans je crois, que lorsqu’elles ont débarquées j’ai fais une fête !

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  5. Touchant comme article. J’ai vu longtemps la pilule comme une alliée, la considérant comme une preuve de féminité. J’étais heureuse de la prendre. Je me sentais en sécurité, avec le pouvoir de décider, et finalement, je me suis sentie dupée quand je l’ai arrêtée… On aimerait retrouver cette légèreté d’autrefois mais tout en gardant aussi notre regard actuel. Je ne connais pas la Simone de 20 ans, mais elle peut etre fière de la Simone d’aujourd’hui… Femme de conviction et de combat ! Bon courage pour la suite du protocole.

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      1. Oui bien sûr la pilule reste un allié majeur pour la condition féminine, je ne remets pas du tout en cause son utilité. Je déplore juste le manque d’information lors de la prescription et des renouvellements. C’était devenu automatique alors que ça n’a rien d’anodin finalement. Les hormones prennent le contrôle, et notre corps décide plus, et je l’avais oublié…

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  6. que d’émotion …et de souvenir…la peur d’être enceinte avant le voyage de noces en Chine et de devoir annuler ce si beau voyage!!! arrêt des préservatifs à peine le pied posé sur le continent asiatique…c’était il y a 7 ans aussi…quel optimisme plein d’inconscience, quelle naïveté béate…quelle idiotie!

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  7. C’est touchant et triste ce que tu décris. Et parle à nous toutes bien sur…
    L’angoisse de la grossesse. De 14 à 30 ans, la terrifiante idée de tomber enceinte au premier oubli. Et les pilules du lendemain gobées pour éviter l’enfant non désiré. Ironique aujourd’hui mais pas de regrets. La pilule c’est une telle avancée. Bisous Simone.

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  8. Heureusement qu’on avait la naïveté et l’insouciance à cette époque… Ce qui m’a fait un drôle d’effet c’est de recroiser après des années des personnes au début de mes essais qui étaient enceintes. J’ai arrêté la pilule en 2003 et de voir l’âge de leur enfant aujourd’hui, cela m’a fait prendre conscience de toutes ces années de galère où j’étais encore dans l’espoir. Bises de soutien

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