Le moral de Simone ces jours-ci est à l’image du temps : de la pluie, des rares éclaircies, des passages de grêle très intenses, du froid humide…

La période est propice à l’installation dans son esprit du terrible refrain : « et si ça ne marchait pas ? Et si elle devait ressortir de ces années de galère les bras vides et le cœur en miettes ? ».

Parfois – c’est très rare- elle se surprend à penser qu’elle y arriverait. Qu’elle pourrait s’en remettre et trouver du sens à sa vie. Ces moments sont fugaces et impossible à retenir durablement. En vrai, elle est bien incapable de se projeter sur une vie sans enfant. Depuis 7 ans, elle est dans la salle d’attente à faire le pied de grue devant la porte d’entrée et il n’y a pas de porte de sortie. Depuis 7 ans, elle survit dans l’attente de.

Simone fait le pied de grue
Simone fait le pied de grue

Mon existence n’est pas une vie digne de ce nom. En tout cas, je ne la conçois pas comme « la » vie mais comme le prélude à la « vraie » vie, celle sur laquelle je me suis projetée depuis toute petite. Au plus profond de moi est présent le besoin vital de transmettre une histoire et des valeurs à un petit être et de l’accompagner dans son chemin de vie.

J’attends. J’attends que le train arrive. J’attends de monter dans le train. J’attends que le train démarre. J’attends que le train me dépose dans la vraie vie. J’attends.

Je joue à la fille qui va bosser tous les matins, qui va au cinéma, qui se remet au sport, qui lit des livres, qui part en week-end, qui fait des blagues. A force, je crois être devenue une super bonne actrice. Je finis par être crédible tant je donne le change. En réalité, cette attente de bébé est mon fonds d’écran permanent.

Or, les statistiques sont terribles : 30% des couples en parcours PMA ressortent par la petite porte. Et là, rien à faire, on ne peut pas se battre contre la fatalité des éléments. Je peux bien continuer à mettre mes tenues légères d’été, le soleil ne réapparaîtra pas pour autant.

La partie rationnelle de mon moi m’indique que je ferais bien d’envisager l’échec complet et de me projeter dans une vie sans enfant. Il serait plus sage de se préparer à la claque finale plutôt que d’attendre la branlée benoîtement la joue molle. La partie authentique de mon moi –le vrai moi – s’y refuse : on va quand même pas baisser sa culotte devant les difficultés, non mais ! Ben pourtant, c’est bien ce que je fais très régulièrement pour des examens en tous genres.

Combat entre mon moi rationnel et mon moi authentique
Combat entre mon moi rationnel et mon moi authentique

Je me suis fait une liste des choses à faire en dernier recours, quand vraiment, je serai désespérée. Oui, car il y a une échelle dans la tristesse du parcours PMA. J’essaie de me convaincre que les choses pourraient aller moins bien. Et j’y arrive très bien quand je regarde autour de moi.

Alors, en dernier recours, voici ce que j’ai l’intention de faire :
Partir en voyage.
Arrêter d’y penser.
– Aller en Belgique : pas pour boire de la bière mais j’ai l’image d’un pays où les taux de réussite sont meilleurs (illusion ?). Depuis un an, j’alimente tous les mois un compte épargne pour financer l’opération.
– Essayer plein de médecines alternatives : acupuncture, micro-kiné, hypno thérapie, naturopathie, etc. J’ai récupéré les coordonnées de thérapeutes proches de chez moi, je n’ai plus qu’à me saisir de mon téléphone.
– Aller voir un rebouteux, un magnétiseur : j’ai fait ma première recherche internet sur le sujet hier.
– Rencontrer une voyante : je lancerai mes recherches lors d’une prochaine dégringolade de marches.

Pour les deux derniers items, jamais je me serais crue capable d’oser imaginer un jour de telles solutions. Le monde merveilleux de la PMA nous pousse décidément vers des terrains inexplorés.

Ce billet est très plombant, je m’en excuse auprès de vous. Seulement, je constate que le rédiger m’a fait du bien, j’ai pu extérioriser mon chagrin. J’essaierai de faire plus drôle la prochaine fois (teasing). Un salut fraternel à Laviedivague, merci pour ton dernier billet. Un jour, j’arriverai à le lire les yeux secs.

Pour finir, comme j’aime bien faire des listes, j’ai lancé mon plan d’actions des prochains jours :
– aller chez le coiffeur pour mettre un peu de couleur sur ma tête (et masquer ces f**tus cheveux blancs qui me rappellent que l’horloge biologique tourne),
– m’offrir une séance spa à la piscine,
– profiter des journées du patrimoine dans la capitale.

Il est plus facile de s’en prendre à son coiffeur qu’à son gynéco
Il est plus facile de s’en prendre à son coiffeur qu’à son gynéco

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29 commentaires sur « Et si ça ne marchait pas du tout ? L’hypothèse de l’échec total en PMA »

  1. Pendant longtemps, plus jeune, j’étais persuadée que se préparer au pire permettait de mieux encaisser… Quand le pire est parfois arrivé, je n’étais pas moins effondrée. Tant que tu as de l’espoir, l’envie et la possibilité de continuer, il n’y a pas de raison de préparer le deuil de cette grossesse désirée.
    « Fond d’écran permanent »… Quelle expression si juste.
    Ton écriture me fait sourire même si je sens ta tristesse derrière les lignes. Je pense bien à toi. Tu as une meilleure vue sur le calendrier des prochains rdv médicaux ?

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      1. J’espère que le gynéco va se magner un peu les fesses. Hésite pas à insister gentiment auprès de la secrétaire. Elle peut entendre et comprendre ton inquiétude et au pire tu passeras pour une chieuse. Qu’importe, c’est pas ta cop’s.
        Bon courage Simone. 😘

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  2. Il fait tellement peur ce « et si » , il donne le vertige… J’ai cherché aussi, toutes les solutions. Même le magnétiseur est venu chez moi. Il « faut » garder espoir et avancer, mais sans se faire (trop) de mal, prendre les décisions qui t’éviteront le regret ensuite, ça ça dépend de chacun…
    Je me reconnais bien aussi dans le « faire semblant » , j’ai déjà dit à mon chéri que j’avais l’impression de ne pas vivre… Bisous

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      1. Mon chéri ne comprend pas ce que je veux dire, je pense que si je devais en parler à d’autres proches ça les inquiéterais, alors que je vais bien, c’est juste que vivre dans l’attente n’est pas une vie.

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  3. Jusqu’à notre deuxième FIV, j’étais persuadée que nous arriverions un jour à avoir un enfant. Et puis on s’est pris une seconde claque et j’ai réalisé qu’il était tout à fait possible que nous fassions partie de ces 30% de couple. J’essaye depuis d’imaginer une vie sans enfant, mais pour l’instant j’en suis totalement incapable comme toi. Mais comme dit Pénélope, tant que le combat n’est pas fini, nous ne sommes pas obligées de vivre avec ce deuil. Le porter avant ne le rendra pas moins pénible si un jour nous devions définitivement baisser les bras. Vous avez encore plusieurs tentatives de FIV devant vous alors ne désespère pas. Plein de bisous

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      1. Il y en a une qui m’avait attrapé la main manu-militari dans la rue il y a quelques années et qui m’avait dit « Tu es belle, tu auras un fils ». Bon c’était sans doute pour essayer de m’extorquer quelques piécettes mais je veux encore y croire! (en revanche fils ou fille je m’en fous, je prends tout!)

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  4. C’est « marrant » que tu envisages de venir en Belgique alors qu’il y a quelques jours de ça, j’envisageais de passer 1 mois de vacances en France pour pouvoir profiter du WIN-test et de la nouvelle trouvaille du biomarqueur de Montpel’! Mais je trouve ça très positif que tu mettes en place des recherches et des actions pour poursuivre le combat, alors courage à toi! Bisous.

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  5. J’ai toujours tenu à vivre comme si ça n’allait jamais marché parce qu’au contraire, j’étais convaincue que la vie ne se limitait pas à avoir un enfant. Un peu comme cet autocollant de merde « bébé à bord » dont je rêvais jusqu’au jour où j’ai compris que ce n’est pas parce qu’il n’y avait pas d’enfant à bord que ma vie n’était pas moins précieuse (ni ma voiture ! lol). Vie professionnelle, maison, style de vie : rien n’a été fait en fonction d’enfants à venir. ça m’a permis de tenir les 5 ans qu’on duré notre attente je pense.

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  6. J’ai testé la naturopathie, et cela m’a fait un bien fou. En grosse partie parce qu’en plus de me soutirer de l’argent, elle a été un vrai coach. Elle m’a aidé justement â ne plus me dire que je n’aurai peut être jamais d’enfant Et â plus etre dans le « un jour, n’importe comment, ça marchera ». Ce qui ne m’empêchait pas de penser qu’il etait probable que je sorte de la PMA sans enfant apres plusieurs blasto transfèrés et zéro accroche. Mais bon, elle m’a fait du bien. Alors si t’a un truc dans ta liste qui te fait du bien, même si c’est la voyante (j’y ai pensé aussi mais pas réussi à franchir le cap), fonce.

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  7. Difficile de ne pas avoir l’impression d’avoir mis sa vie sur pause. Je sais que pour notre part on se concentre sur ce qu’on aurait pas fait si l’enfant était venu vite.

    On espère toujours être du bon côté des Stats cette fois-ci…

    Pour ma part, alors que je suis très cartésienne j’ai essayé de magnétiseur en février dernier…
    Plus terre à terre j’ai aussi tenté ostéopathe et acupuncteur.

    Bisous.

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  8. Merci pour la découverte de « la vie divague ».
    En vrai je ne sais pas si on peut vraiment se préparer à une vie sans enfant. C’est exactement ce que j’essayais de faire. Et d’ailleurs ça a un peu marché car je pense que ça a contribué au fait que jusqu’au bout je ne croyais pas que ça « pouvait marcher ».
    Bordel de merde ca fait chier j’arrive pas à transcrire mes pensées.
    Juste une question : as-tu toujours eu tendance à te « mettre sur pause » en attendant quelque chose ?
    Car perso en y réfléchissant je me suis rendue compte que j’ai toujours vécu « dans l’attente de ». Et que ça continue un peu. C’est difficile de lutter contre ça…

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    1. Ta question est très pertinente. Durant mes études et ma vie d’adulte pré-PMA, j’ai l’impression que je profitais bien de l’instant. Même si tout n’était pas rose, je ne crois pas que je me projetais dans l’après. Tout simplement car je n’avais aucune idée des difficultés à venir…

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  9. Merci Simone ! La Belgique j y suis, je suis donc dispo pour te donner toutes les infos que j ai et te servir de guide si nécessaire ! Déjà repéré mon voyant ( jamais pensé avant non plus… Mais pas sauté le pas), repéré des cures thermales censees être miraculeuses pour la fertilité, arrêté de lire les sites de gossips c est juste pour annoncer la derniere grossesse de mme machin a 45 ans sans effort ( mais oui on te croit), se mettre au yoga, seance de méditation… Sinon roulage en boule et seances de larmes c est pas mal aussi, Simone et moi même combat, plein de pensees et des bises

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  10. Ton parcours est déjà long et difficile, j’espère qu’il va bientôt toucher à sa fin, avec une fin heureuse…
    Une petite question… Simone attend le train, mais dans l’histoire elle ne monte pas plutôt en voiture Simone, c’est à méditer non? 😉
    Bises et plein de courage!

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  11. Comme je me retrouve dans ce que tu écris. Ici ca va faire 1 an qu’on a pas fait de FIV. Une pause nécessaire, mais longue aussi. J’ai déserté les blogs pendant un moment, besoin de faire une vraie pause. mais le problème est toujours la,… et l’enfant toujours pas la…
    Est ce que tu penses à l’adoption, si jamais la pma ne marche vraiment pas?
    Nous concernant, nous n’imaginons pas notre vie sans enfant, alors nous y pensons, dans un coin de notre tête… sans vraiment en parler, puisqu’on s’était dit qu’on attendrait la 3ème fiv…

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    1. Nous n’avons pas encore évoqué sérieusement l’adoption. C’est tout de même un tout autre projet. Je ne pense pas avoir le courage de me lancer dans ce projet. En effet, un couple de nos proches a adopté un petit garçon à l’international. La procédure a mis des années (comme la PMA…). Mais le plus dur c’est qu’ils ont du attendre 2 ans entre l’appariement avec le petit et son arrivé effective, juste pour des histoires de paperasse…Cette attente est inhumaine et très destructrice…

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